
2025(c) Ambre La sextine est une forme poétique fixe, inventée au XIIe siècle par Arnaut Daniel. Elle est composée de six sizains (strophes de six vers) suivis d'un tercet final (tornada). Sa particularité principale réside dans la répétition des six mêmes mots à la fin de chaque vers, lesquels sont permutés selon un ordre précis (la retrogradatio cruciata) à travers les strophes, et tous repris dans le tercet final. Les six mots : triste, larme, brisé, souffle, fleur, peur. ------------------------------------------------------------- Ôô ciel se tait, et mon regard est triste, L'instant me laisse une lente larme, l’écho du cœur demeure seul, brisé, dans l’air flottant un invisible souffle, où nul printemps ne fait naître la fleur, et tout frissonne sous le vent de peur. En moi s’avance une ombre faite de peur, qui rend la clarté du matin bien triste ; nulle rosée n’orne plus une fleur, nulle main n’essuie ma dernière larme. La nuit soupire en un faible souffle et laisse au sol mon silence brisé. Ce monde est vaste et mon espoir brisé ; je marche seul avec ma vieille peur, guidée parfois par un doux et bref souffle, mais mon destin demeure encor triste. Le vent parfois répète une larme, et dans les champs ne s’ouvre aucune fleur. Je me souviens d’une unique fleur, d’un mot trop doux qui m’avait tout brisé ; j’ai tant crié sans qu’une seule larme ne touche celle au cœur durci par peur, et tout m’est nuit, et tout m’est lieu triste, même l’amour n’a plus son tendre souffle. Ôô voix éteinte, ô dernier faible souffle, tu caresses un tombeau sans fleur ; je ne suis rien qu’un reflet triste dans un miroir depuis longtemps brisé. Nul ne m’écoute, car chacun a peur de boire à même le sel de ma larme. Ôô mais si demain renaît une larme douce et sincère au creux d’un vieux souffle, elle chassera peut-être un peu la peur, et refera germer une humble fleur dans le jardin d’un amour non brisé, même s’il naît dans un cœur encore triste. [Tornada] Je reste triste, portant chaque larme, encore brisée, priant dans un souffle, qu’un jour fleur vainque et se taise la peur.

