
Ballet 'La Phalène' Dans ma salle d'eau, un invité surprise, Un papillon de nuit, grand comme un moineau ! Battant des ailes comme un roi qui s'égrise, Il règne en monarque sur mon petit château. Ô phalène géante, étrange créature, Dis-moi, que fais-tu là, dans mon humble demeure ? Es-tu fée ou sorcière, ou simple aventurière, Venue danser au bal des ombres et des heures ? Je lui dis : "Monsieur, avez-vous votre permis ? Car voler ainsi, c'est presque de l'ivresse !" Il répond d'un battement d'ailes insoumis, Comme pour dire : "Je suis libre, sans adresse !" Dans ce bal masqué où nous sommes conviés, Lui en smoking gris, moi en pyjama froissé, Nous dansons un tango, maladroit, improvisé, Deux âmes perdues dans un monde renversé. Ô phalène nocturne, poète de l'obscur, Raconte-moi tes voyages au clair de lune, As-tu vu des étoiles tomber des toits d'azur ? Ou des rêves s'envoler vers la fortune ? Je lui offre du nectar dans un dé à coudre, Il me conte ses périples en morse ailé, Nos différences fondent comme sucre en poudre, Dans ce ballet absurde, nous voilà réconciliés. Au matin, je lui ouvre la fenêtre en grand, Il s'envole, emportant un peu de ma folie, Me laissant riche d'un souvenir enivrant, D'une nuit où l'ordinaire devint magie. Ô papillon de nuit, mon éphémère ami, Tu m'as appris que la beauté n'a pas d'échelle, Que dans les recoins sombres brillent des symphonies, Et que chaque rencontre peut être éternelle. Ainsi s'achève notre danse improvisée, Dans ma salle de bain transformée en palais, Où un simple insecte, par le hasard posé, M'a montré que la vie est un constant ballet.

