
[Couplet 1] Deux mois… Deux mois sans le noir au vent Deux mois à croire encore un peu qu’la mer pouvait mentir autrement J’avais roulé la vieille bannière au fond d’un coffre avec ma rage Comme on enterre une sale vie quand une lumière traverse l’orage C’était toi qui l’avais fait taire toi, ma fée, mes mains, mon port Toi qui mettais du calme au bois là où j’portais du fer au corps J’avais laissé la mort dormir dans les plis d’un tissu sans voix En croyant qu’peut-être, pour une fois, le noir n’aurait plus besoin d’moi [Pré-refrain] Mais l’port s’est vidé ton silence est resté Et moi, comme un con, j’ai regardé la mer en comprenant trop tard qu’j’avais peut-être serré pas une fée… mais un mirage clair [Refrain] Alors j’ai rehissé le noir Oui, j’ai rehissé le noir Le vieux pavillon d’deuil, d’orgueil et d’histoire Celui qu’j’avais rangé deux mois grâce à toi, grâce à moi un peu moins froid J’ai rehissé le noir Parce qu’un homme finit par croire Que s’il a pris la lune pour un feu dans le brouillard Alors autant remettre au vent la seule vérité qu’il connaît vraiment [Couplet 2] J’ai cru qu’t’étais réelle assez pour changer le grain de ma vie Assez pour faire taire les canons que j’gardais vivants dans la nuit J’ai cru qu’un cœur dur comme le mien pouvait fondre sans se trahir Qu’une sirène aux cartes et aux étoiles pouvait m’apprendre autre chose que fuir J’avais laissé la poudre au sec et mes vieux monstres dans la cale J’parlais moins fort, j’buvais moins noir j’regardais moins vers les rafales Même le vent semblait moins mauvais quand j’pensais rentrer vers tes yeux Maintenant j’regarde la rade vide et j’me sens juste plus con qu’heureux [Pré-refrain] J’dis pas qu’t’as menti J’dis pas qu’t’étais pas vraie J’dis juste qu’à force d’t’attendre j’finis par douter de c’que j’aimais Et quand un pirate doute de son étoile et d’son espoir Il retourne à la seule langue que comprennent encore ses draps noirs [Refrain] Alors j’ai rehissé le noir Oui, j’ai rehissé le noir Le vieux pavillon d’deuil, d’orgueil et d’histoire Celui qu’j’avais rangé deux mois grâce à toi, grâce à moi un peu moins froid J’ai rehissé le noir Parce qu’un homme finit par croire Que s’il a pris la lune pour un feu dans le brouillard Alors autant remettre au vent la seule vérité qu’il connaît vraiment [Couplet 3] Le tissu a claqué sec au mât comme un vieux nom qu’on réveille mal Et tout l’navire a reconnu l’goût ancien de ma loi navale Les hommes n’ont rien dit, mes frères ils ont juste baissé un peu les yeux Comme on voit rentrer dans sa cage un loup qu’avait presque appris le bleu Moi j’ai gardé la main au bout du cordage rêche et du silence Avec au fond d’la poitrine une sale impression d’condamnance Pas d’colère propre, pas d’grande haine Juste ce froid bête et très profond Du type qui croyait revoir la terre et retrouve la nuit jusqu’au front [Pont] Peut-être qu’t’étais vraie. Peut-être qu’c’est moi qui n’sais plus reconnaître ce qui sauve de ce qui noie. Peut-être qu’la mer m’a juste montré ton visage pour m’rappeler qu’j’étais encore capable de tendre les mains vers autre chose que l’abordage. Mais là… là j’suis fatigué, ma fée. Et quand l’espoir fatigue trop, il remet souvent son vieux masque noir. [Refrain final] Oui, j’ai rehissé le noir Et le vent l’a repris sans retard Comme s’il savait qu’les miracles tiennent mal au large Comme s’il riait d’m’avoir vu croire qu’un pirate pouvait désarmer son histoire J’ai rehissé le noir Mais crois-moi, c’est peut-être ça l’plus noir : C’est pas d’redevenir corsaire ni d’rendre mon cœur au hasard C’est d’savoir qu’pendant deux mois grâce à toi… j’avais presque oublié comment faire [Outro] Alors il flotte à nouveau. Au mât. Au vent. Le vieux pavillon noir. Celui que j’avais rangé parce qu’une fée m’avait fait croire que même moi je pouvais peut-être vivre autrement que dans la nuit. Et maintenant ? Maintenant il claque encore. Mais au fond, ce qui m’fait l’plus mal, ce n’est pas d’l’avoir rehissé… C’est d’savoir qu’avant ça, pendant deux mois, j’avais vraiment cru pouvoir ne plus en avoir besoin.

