
Il est dix-sept heures trente-six, en ce vingtième jour d’octobre deux mille vingt-cinq. La pluie tombe drue sur les toitures, et la température est douce. Je me réjouis, car nous avons vécu une période de sécheresse que la pluie va partiellement soulager. Devant moi, un fossile de trilobite apporté par ma fille lors de son retour du Maroc. C’est quelque chose de paisible : le martellement des jets d’eau semble éclabousser en un étalage de sons atmosphériques et planants. Je me sens entouré du souvenir d’esprits bienheureux, des défunts pour lesquels je prie. Leur amour se transforme sous mes yeux, à même la forme des plantes qui composent un jardin miniature dans mon appartement. Ceux qui nous ont précédés dans l’au-delà militent pour nous. J’ai échangé avec un ami d’enfance que je connais depuis l’âge de dix ans : cela fait donc cinquante-huit ans que je connais cette personne. Je me demande quelle est la distance parcourue par la Terre et le Soleil dans l’espace sidéral depuis notre enfance. Un Bouddha de résine, semblable à de l’ivoire, tourne la tête en direction de mon fauteuil, quel accueil de générosité. Je me demande si, à l’automne, en bordure d’une plantation de thé, le sentier serait parcouru de feuilles non récoltées. Est-ce que tous les sentiers automnaux, couverts de feuilles mortes, constituent une clé de voûte pour la nef de la cathédrale d’Amiens ? Et que dire de la sensation laissée par les feuilles tombées dans les cimetières bouddhistes d’Orient ?

