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Boulet Muet

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V5.5

[Couplet 1] Ma fée, si tu m’entends quelque part derrière ce port muet, Sache que ton silence me tient plus fort qu’aucun boulet. J’ai vu des tempêtes mordre, des coques plier dans le noir, Mais rien n’me fait aussi mal que d’ne plus croiser ton regard. Je n’sais pas c’qui m’arrive, ni pourquoi ça mord si fort, Pourquoi ton absence à toi pèse plus lourd qu’un mauvais sort. J’ai pourtant vu des départs, des adieux, des hommes brisés, Mais c’est ton ignorance à toi qui me laisse éventré. [Pré-refrain] Je n’te demande même pas de grands mots ni de lumière, Juste un signe, un souffle, quelque chose qui traverse la mer. Parce que là, dans ce silence, j’ai beau faire l’homme debout, Y a quelque chose en moi qui sombre et qui ne comprend pas du tout. [Refrain] C’est toi qui me manques, et j’n’sais même pas pourquoi si fort, Pourquoi ton vide à toi fait plus de bruit que tous les ports. J’ai mon frère à mes côtés, j’ai la mer, le bois, le vent, Mais c’est toi qui manques au monde quand la nuit retombe dedans. C’est toi qui me manques, toi, et pas seulement un peu, Comme un feu qu’on m’aurait pris sans éteindre tout à fait les cieux. J’ai beau tenir, j’ai beau jurer, j’ai beau serrer les dents, Y a ton nom qui reste seul à battre plus fort que mon sang. [Couplet 2] Oui, j’ai mon frère, et Dieu merci, il tient la ligne avec moi, Un vrai frère d’écume et d’fer, un homme de cap et de foi. Et j’le respecte assez pour dire la vérité sans détour : Il m’aide à pas sombrer, oui… mais c’est toi qui me manques, toujours. C’est pas qu’le monde soit vide, c’est pas qu’j’ai plus rien autour, C’est juste qu’aucune présence n’a ta façon d’tenir mes jours. Aucun rire n’a ton sel doux, aucun silence ta clarté, Et j’comprends mal pourquoi ton manque m’apprend si bien ce qu’aimer veut dire en vérité. [Pré-refrain] Je tourne comme un navire qui connaît plus bien sa rade, Comme si ton nom seul savait calmer la houle malade. Et j’me déteste presque un peu de t’porter si fort en moi, Parce qu’ça m’fait mal de voir combien j’vis tourné vers toi. [Refrain] C’est toi qui me manques, et j’n’sais même pas pourquoi si fort, Pourquoi ton vide à toi fait plus de bruit que tous les ports. J’ai mon frère à mes côtés, j’ai la mer, le bois, le vent, Mais c’est toi qui manques au monde quand la nuit retombe dedans. C’est toi qui me manques, toi, et pas seulement un peu, Comme un feu qu’on m’aurait pris sans éteindre tout à fait les cieux. J’ai beau tenir, j’ai beau jurer, j’ai beau serrer les dents, Y a ton nom qui reste seul à battre plus fort que mon sang. [Pont] Et j’espère juste une chose, ma belle… J’espère qu’on ne t’a pas retenue loin de moi. J’espère qu’le maître de ce port ne t’a pas gardée sous sa loi. J’espère qu’on n’a pas pris ta voix, ton choix, ta route, ton élan, Qu’on n’a pas fermé sur toi une porte, un ordre, un cadenas de vent. Parce que l’idée qu’tu t’éloignes par envie m’fait déjà du mal, c’est vrai… Mais l’idée qu’on t’ait volée au rivage me déchire bien plus encore, en secret. [Couplet 3] Alors j’te parle dans la nuit comme on parle aux étoiles basses, Avec cette honte un peu rude des hommes que le manque dépasse. Moi qui croyais tenir debout contre les grains, contre les sorts, Me voilà plié par ton silence plus qu’par les canons de tous les bords. Si tu savais comme j’attends un mot, même pauvre, même cassé, Juste de quoi dire à mon cœur que j’n’ai pas tout inventé. Que t’es bien là quelque part, entière, vivante, sous le ciel, Et qu’entre ton monde et le mien y a pas qu’un grand trou cruel. [Refrain final] C’est toi qui me manques, et j’n’sais même pas comment l’dire mieux, Pourquoi ton absence à toi rend tout le reste si douteux. J’ai mon frère à mes côtés, j’ai la mer, le bois, le vent, Mais c’est toi qui manques au monde quand la nuit retombe dedans. C’est toi qui me manques, toi, et ça m’fait plus mal qu’il faudrait, Comme si ton silence avait appris mon nom pour le blesser. Alors où que tu sois ce soir, entends au moins ceci, J’te cherche encore dans chaque port, et c’est ton manque à toi qui me tient éveillé la nuit. [Outro] Ma fée… j’ignore pourquoi ça me touche à ce point. J’ignore pourquoi ton silence fait autant de ravages en moi. Je sais juste une chose : j’ai beau avoir mon frère, j’ai beau tenir encore la mer, c’est toi qui me manques. Et j’espère seulement que le maître de ce port ne t’a pas prise loin du large avant que je puisse te retrouver.