
Méfie-toi de la goutte qui cherche son bol
[Intro – voix grave, lente] Dans les montagnes noyées de brume ancienne, Vivait Maître Liine dans sa demeure lointaine, Une maison de bois suspendue au silence, Où chantaient les bambous bercés par le vent immense… [Couplet 1] Un jour un jeune empereur vint le trouver : « Quel est le plus grand danger pour un royaume entier ? Les armées qui ravagent les plaines au loin ? Les famines ? Les dragons ? Ou le feu du destin ? » Le vieil homme sourit sans répondre un instant, Comme s’il écoutait respirer le vent, Puis il prit doucement un vieux bol fissuré, Ordinaire… usé… presque oublié… Il le posa entre eux dans le calme du soir, Comme un objet sans force et sans pouvoir, Puis demanda d’une voix lente au souverain : « Combien de gouttes faut-il avant qu’il soit plein ? » L’empereur haussa les épaules sans émoi : « Des milliers sans doute… cela va de soi… » [Pré-refrain] Alors le sage prit une pipette de bambou… Et laissa tomber une goutte… doucement… dans le trou… Ploc… [Refrain] Puis une deuxième… Ploc… Puis encore une autre dans le silence lourd… Le jeune empereur éclata de rire sans détour: « Voilà donc votre grande leçon ? Regarder tomber l’eau sans raison ? Un vieillard qui contemple l’eau qui s’enfuit Pendant que le monde s’épuise dans le bruit ? » Mais le sage continua… impassible … [Couplet 2] Pendant des heures… puis des journées entières… Le temps coulait comme une rivière, Et chaque jour le prince voyait le vieux bol, Toujours presque vide… toujours sous contrôle… Presque insignifiant aux yeux des vivants, Comme les erreurs qu’on oublie avec le temps, Jusqu’au matin où, sans prévenir soudain… L’eau déborda enfin… Le sage leva alors lentement les yeux : « Voilà comment meurent les royaumes orgueilleux… » Le jeune empereur resta silencieux… [Pont – plus intense] Et Maître Liine reprit dans l’ombre du matin : « Aucun empire ne tombe d’un seul destin, Ni sous un seul tonnerre déchirant le ciel noir, Tout commence bien avant le dernier soir… Une injustice tolérée dans le silence, Un mensonge accepté par habitude ou faiblesse, Une peur qu’on laisse lentement grandir, Une colère ignorée jusqu’au pire… » Le vieil homme posa sa main ridée sur le bol brisé : « Les hommes regardent toujours la dernière goutte tomber… Mais le désastre… depuis longtemps avançait… » [Refrain final – ample et mélancolique] Ploc… Une goutte après l’autre dans la nuit profonde… Ploc… Comme les fissures cachées sous le monde… Ploc… Silencieuses… invisibles… patientes… Jusqu’au jour où les digues cèdent dans la tourmente… [Outro – murmuré] Depuis ce jour, dans certains villages oubliés, Quand quelqu’un dit : « Ce n’est pas grand-chose, laissez… » Les anciens répondent d’une voix solennelle : « Méfie-toi… de la goutte… qui cherche son bol… »

