
On marche dans la brume, les yeux à moitié clos, Clos sont les cœurs, la peur sous les mots, Maux qu’on tait pour pas faire d’histoires, Histoires d’un monde qui veut plus savoir. Savoir c’est voir, alors on détourne, Tourne la tête, avale la bourne, Bourne de dettes, d’envies, d’excuses, Fuse la honte, mais on s’amuse. Ruse du calme, façade tranquille, Fils de rien, on signe docile. Cible mouvante dans leurs bilans, Lentement on coule en souriant. Riant d’un rien, d’un plein factice, Vice tranquille, valse complice. Plice des gestes qu’on répète, Tête pleine, mais l’âme en dette. Dette du cœur, qu’on cache sous l’or, Corps qui ploie sous l’effort. Or qu’ils brandissent pour nous faire croire, Croire qu’on vit, quand tout s’égare. Gare aux rêves trop grands, trop vrais, Prêts à brûler quand tout est laid. Lait d’usine, pain sans saveur, Heure de pointe, sueur, rancœur. Cœur de pierre, mains enchaînées, Nées du bruit, sans vérité. Té d’un monde sans horizon, On cherche Dieu dans nos prisons. Sons de marché, cris, poussière, Rère des mots, cendre amère. Mère du monde, pourquoi t’saignes ? Peine des tiens, rien ne t’épargne. Parle encore, terre fatiguée, Guée du temps, gorge serrée. Rêve d’un feu qui lave tout, Tout ce qu’ils croient tenir debout. Bout d’espérance, flamme qui reste, Test du sang, souffle céleste. Este la voix qu’on avait tue, Tue la peur, qu’elle soit vaincue. Cieux s’ouvrent, le vent s’élève, Rêve de justice, vague neuve. Rêve ou colère, même bataille, Paille brûlée, vérité taille. Aille la nuit, que vienne le jour, Cours du monde, change ton cours. Ours ou homme, faut se défendre, Tendre les mains, la terre va rendre. Rendre le vrai, rendre la flamme, Lame du juste, douce et infâme. Âme du peuple, lueur qui croit, Fin du brouillard — justice des bois.

