[@Ombaliz / Michel Laks / Tous droits réservés] Le frigo fait sa lumière quand la nuit m’étreint, Un phare sur mes failles, un réconfort chagrin. J’l’ouvre pas pour manger, j’l’ouvre pour m’oublier, Un festin danger pour mes pensées troublées. J’ai des kilos de maux planqués sous ma peau, Des mots qu’ont jamais trouvé leur micro. Des grammes de colère, des tonnes de secrets, J’me pèse pas le matin, j’me mesure en regrets. C’est pas du sucre, c’est du soin déguisé, C’est pas une faiblesse, c’est un combat camouflé. J’ai la foi en miettes, et l’appétit pour panser, C’est pas d’la nourriture, c’est d’l’amour condensé. Y’a des parts de pizza, pour trouver la paix, Des desserts d’anxiété, des plats pour oublier. Mon corps, c’est mon carnet, mes larmes en relief, Chaque pli, chaque courbe, une cicatrice en chef. J’bouffe pour boucher l’vide, mais l’vide me transforme en poids, lourd, Un amour auto-tué dans un Tupperware d’amour. La faim, c’est pas l’estomac, c’est l’enfant qu’a pas eu, La tendresse au goûter, les bras jamais reçus. C’est pas de la faim, c’est l’envie d’être aimée C’est pas un repas, c’est une main que j’ai cherchée J’ai appris à remplir quand j’pouvais pas dire, À mâcher mes douleurs pour éviter d’les écrire. Chaque bouchée, c’est un pansement, Une bouée, un éternel mendiant. Y’a ce corps que j’trimballe, que j’traîne et que j’déteste, C’est pas qu’du gras, c’est l’écho de mes tempêtes. J’le vois pas beau, j’le vois bossu d’histoires, Un corps cabossé, qu’a jamais eu sa gloire. Et si mes formes sont pleines, c’est qu’j’suis pleine d’passé, De souvenirs qu’s’accrochent et refusent d’m’laisser. J’porte aussi la force, d'oser avancer, Une envie féroce, de s'aimer cabossée. C’était pas de la faim, c'était l’envie d’être aimée C'était pas un dessein, c’est une main que j’ai cherchée. Je veux pas perdre du poids, je veux perdre des chaînes, Et peut-être, en chemin, déposer un peu de peine.