
Invariablement, l’hiver me ramène à la nature cristalline des choses. La présence hallucinante de milliards de cristaux de neige qui décomposent la lumière au moindre pinceau lumineux. Cela me rappelle ma fascination pour la lumière durant toute mon enfance. J’avais, à huit ans, un petit fanal qui contenait une lumière rouge, une lumière verte et une lumière blanche. Je possédais aussi un petit chapelet blanc en plastique phosphorescent que je déposais cinq minutes sur l’ampoule de ma lampe de chevet — cette lampe à incandescence, appartenant à une technologie maintenant ancienne, qui chauffait un filament de tungstène jusqu’à ce qu’il produise de la lumière par effet Joule. Puis je déposais cet objet directement dans mon visage, sous les couvertures. J’étais littéralement aspiré par cette lumière. Je m’en gavais, je me soûlais de luminosité. J’enfouissais le petit fanal sous mes couvertures et je collais mes yeux à sa vitre pour tout absorber. Nous venons de la lumière, et maintenant tous savent que nous sommes faits des matériaux à partir desquels sont constituées les galaxies : nous sommes des poussières d’étoiles. La science est aujourd’hui capable de mesurer le halo, l’empreinte luminescente qui entoure le corps humain, générée par des microcourants issus de nos activités métaboliques et du passage d’influx à travers le réseau de nerfs du système nerveux central. Récemment, la science a découvert qu’il existe un réseautage de galaxies qui fait ressembler l’univers à un immense cerveau lumineux dont chaque neurone est constitué de milliards d’étoiles. Je suis incapable de saisir le moment présent à travers cette inflorescence lumineuse. Lorsque j’observe ma main, je vois une structure qui appartient à mon passé récent, puisque la lumière qui en est réfléchie prend un temps infinitésimal à franchir l’espace entre la main et l’œil. Lorsque j’observe le ciel de nuit, j’observe des structures issues d’un passé très ancien, parvenu au terme de millions d’années-lumière. Alors j’accepte d’être un observateur du passé qui rêve du futur, dans un temps présent que je ne possède pas. Je reviens encore ici à ce que mon ami Michel Bachant m’a dit environ trois semaines avant sa mort : une seconde contient toute l’éternité. Michel était un être de lumière.

