Ce matin, dans ma penderie, J’ai croisé l’pull qu’tu m’avais offert. Un truc informe, une hérésie, Un mélange de laine et d’enfer. Avec ses couleurs de chantier, Jaune, violet, et vert pourrave, Un pull qui pourrait réveiller Les morts dans leurs propres caves. Oh, mon pull moche, mon vieux pote, T’es là pour mes jours de déroute. Quand ma dignité prend la porte, Toi, tu restes, fidèle et sans doute. Oh, mon pull moche, mon fardeau, T’as l’allure d’un vieux torchon. Mais malgré tout, j’te garde au chaud, T’es l’souvenir d’une drôle de passion. Je t’ai porté au Nouvel An, Quand t’as dit : « Ça te va trop bien ! » Et devant tes parents contents, J’ai dû trinquer, sourire… c’est rien. Mais t’as pas vu les regards lourds, De mes potes morts d’rire en silence, Ce pull, c’était comme un discours : « Ce gars-là n’a plus d’existence. » Oh, mon pull moche, mon vieux pote, T’es là pour mes jours de déroute. Quand ma dignité prend la porte, Toi, tu restes, fidèle et sans doute. Oh, mon pull moche, mon fardeau, T’as l’allure d’un vieux torchon. Mais malgré tout, j’te garde au chaud, T’es l’souvenir d’une drôle de passion. Puis t’es partie, comme ça, un soir, Emportant l’chat, l’canapé, l’miroir. Et pourtant, tu m’as laissé lui, Ce pull témoin de notre folie. Alors parfois, quand j’ai trop froid, J’l’enfile pour me rappeler de toi. Et j’me dis qu’la laine, c’est p’t’être con, Mais c’est moins douloureux que l’abandon. Oh, mon pull moche, ma relique, T’es laid comme un dimanche pluvieux. Mais t’as ce charme énigmatique, Qui m’fait penser qu’tout n’est pas vieux. Oh, mon pull moche, mon trésor, Un vestige d’amour raté, J’te garde pour pleurer encore, Et peut-être sourire… un peu usé. Ce pull, c’est l’histoire d’une vie, Un truc bizarre, doux et pourri. Et même si tout ça paraît cloche, Moi, j’tiens encore… à mon vieux pull moche.