[Couplet 1] Ce soir je n’hisse plus le noir, mes frères, Je ne pars pas voler, ni brûler la terre Ce soir je tiens le port, je ferme le passage Et que tout ce qui vient pour elle se brise dans l’orage Le navire est prêt au feu, les canons sont chargés Les hommes ont la poudre aux mains, les visages fermés Le vent pousse la fumée basse sur la mer qui devient grise Et moi j’attends dans le fracas tout ce qui veut la voir tomber, la voir soumise [Refrain] Tenez la ligne, mes frères, ne laissez rien passer Ce soir je ne combats pas pour prendre, mais pour protéger Tenez la ligne, mes frères, que le tonnerre leur morde le corps Je tiens le port pour ma sirène et je fais feu sur tout ce qui vient du dehors [Couplet 2] Je les vois dans la brume, ses vieux démons qui reviennent La Dépression d’abord, lourde, froide, traînante et pleine Comme un géant sans lumière qui avale l’air et le jour Qui veut lui vider le cœur et lui voler tout retour Puis vient la Lame, plus fine, plus discrète, plus près Elle ne frappe pas fort, non, elle cherche juste où couper Elle glisse dans le silence, elle attend le mauvais soir Le moment où plus personne ne voit qu’elle a déjà sorti son couteau noir [Refrain] Tenez la ligne, mes frères, ne laissez rien passer Ce soir je ne combats pas pour prendre, mais pour protéger Tenez la ligne, mes frères, que le tonnerre leur morde le corps Je tiens le port pour ma sirène et je fais feu sur tout ce qui vient du dehors [Couplet 3] Et derrière elles avancent les Idées Noires Petites, nombreuses, sans visage, sans victoire Elles ne crient pas, elles rampent, elles prennent doucement leur place Jusqu’à faire croire à une âme qu’elle n’est plus qu’un vide en face Je connais leur sale manière d’entrer sans faire de bruit Leur façon de pourrir un matin, puis une semaine, puis une vie Alors je leur donne le fer, la poudre, la rage et ma voix Parce qu’aucune de ces ombres n’entrera jusqu’à elle tant qu’il me reste de quoi [Couplet 4] Car dans le port il y a ma fée, ma sirène aux yeux vivants Celle qui lit les cartes la nuit, les étoiles et le vent Celle qui parle de Mercure, de la Lune, des liens cachés Comme si le monde avait encore du sens même quand tout veut lâcher Celle qui met du sucre au jour, de la chaleur dans les matins Qui fait des gâteaux comme on rend un peu d’espoir au genre humain Et moi qui fus longtemps taillé dans le froid, le fer, le diamant J’ai trouvé dans sa douceur quelque chose de plus fort que le sang [Refrain] Tenez la ligne, mes frères, ne laissez rien passer Ce soir je ne combats pas pour prendre, mais pour protéger Tenez la ligne, mes frères, que le tonnerre leur morde le corps Je tiens le port pour ma sirène et je fais feu sur tout ce qui vient du dehors [Pont] Je ne fais pas la guerre au monde ce soir. Je fais la guerre à tout ce qui veut l’éteindre. À la voix qui lui dit qu’elle n’ira pas mieux. À la main sombre qui veut la tirer vers le bas. Aux nuits qui lui mentent. Aux pensées qui coupent. Aux ombres qui reviennent quand le silence devient trop grand. Alors qu’ils viennent. La Dépression. La Lame. Les Idées Noires. Je suis là. Et ce soir, ils me trouveront sur leur route. [Refrain final] Tenez la ligne, mes frères, ne laissez rien passer Ce soir je ne combats pas pour prendre, mais pour protéger Tenez la ligne, mes frères, que le tonnerre leur morde le corps Je tiens le port pour ma sirène et je fais feu sur tout ce qui vient du dehors Tenez la ligne, mes frères, jusqu’au retour du matin Qu’aucun de ses vieux démons ne trouve jusqu’à elle le chemin Tenez la ligne, mes frères, qu’ils comprennent avant leur mort Que je ne hisse plus le pavillon noir car désormais… je défends son port