
[Couplet 1 – meneur] Poudre noire dans les poumons, feu vivant dans les canons, Le grand vaisseau craque et tonne sous la rage des haubans, Les mâts se brisent dans la nuit comme des os sous l’orage, Et trois cents gueules hurlent la mort en frappant l’pont de rage. [Chœur] Ohé, frappe encore, mes frères, que ça saigne sur les sabords ! Fer contre fer, feu contre chair, qu’on laisse hurler la mort ! Ohé, frappe encore, mes frères, qu’ça tonne jusqu’au levant ! Et moi j’pense à ma fée des mers en taillant dans mes démons vivants ! [Couplet 2 – meneur] J’ai vu des ventres s’ouvrir net sous les sabres et les crocs, Des gars glisser dans leur sang chaud entre les cordes et les seaux, Les ponts lavés à l’écume, mais rougis comme un enfer, Et les blessés qu’on finit vite pour laisser place à la guerre. [Couplet 3 – meneur] Les grappins mordent les pavois, les bordées déchirent le ciel, On monte à l’abordage en hurlant comme des chiens sortis du fiel, J’enfonce l’acier dans la viande comme on règle un vieux compte noir, Et dans chaque face ennemie j’vois un démon d’mon histoire. [Chœur] Ohé, frappe encore, mes frères, que ça saigne sur les sabords ! Fer contre fer, feu contre chair, qu’on laisse hurler la mort ! Ohé, frappe encore, mes frères, qu’ça tonne jusqu’au levant ! Et moi j’pense à ma fée des mers en taillant dans mes démons vivants ! [Couplet 4 – meneur] Car moi, capitaine pirate, cœur jadis dur comme diamant, J’avais fait d’ma poitrine un fort, un royaume de mauvais sang, Mais elle, en deux mois de marée, a franchi mes vieux bastions, Et là où j’gardais du granit, elle a mis son nom au fond. [Couplet 5 – meneur] Au milieu des cris, du fer, des mâts qui tombent éventrés, J’vois ses yeux dans les éclairs, son calme au cœur des marées, Ma sirène aux mains de sucre, qui veut faire lever le jour, Mettre la cannelle au matin et du ciel bleu dans l’amour. [Chœur] Ohé, frappe encore, mes frères, qu’ça brûle au bout des canons ! J’ai l’sang jusqu’aux coudes ce soir, mais son nom bat sous mes jurons ! Ohé, frappe encore, mes frères, qu’ça tonne jusqu’au levant ! Et moi j’pense à ma fée des mers en taillant dans mes démons vivants ! [Couplet 6 – meneur] Elle lit les astres la nuit comme moi je lis les tempêtes, Mercure, la Lune et les signes dansent tranquille dans sa tête, Puis elle tire quatre cartes sur le bois, sous la lanterne, Et même un vieux loup d’océan sent son destin changer de terme. [Couplet 7 – meneur] Alors quand j’abats un salaud dans un choc de dents et d’acier, Quand un autre vient mordre la mort au bout d’mon sabre levé, J’me dis qu’la Roue tourne encore, que la Lune veille dans le noir, Et qu’si j’reviens d’cet enfer flottant, c’est pour rentrer dans son regard. [Pont – meneur seul] Qu’ils viennent. Qu’ils chargent. Qu’ils cassent les mâts, qu’ils vident mes rangs, qu’ils jettent mes frères aux gueules du néant. J’ai la poudre dans la gorge, la mort au bout des mains, mais au fond d’ma poitrine y a plus fort que le carnage marin. Y a une fée des océans, une sirène au rire clair, qui sait lire dans les âmes et dans l’envers des mers. Une femme qui fait des gâteaux comme d’autres font des miracles, et qui, sans même toucher mon cœur, a fait fondre tout mon obstacle. [Chœur final] Ohé, frappe encore, mes frères, que ça saigne sur les sabords ! Fer contre fer, feu contre chair, qu’on laisse hurler la mort ! Ohé, frappe encore, mes frères, qu’ça tonne jusqu’au levant ! Car moi j’tue mes vieux démons ce soir en pensant à son sang vivant ! Ohé, frappe encore, mes frères, hissez haut le pavillon noir ! J’ai l’enfer sur les ponts ce soir, mais son étoile me sert de phare ! Ohé, frappe encore, mes frères, qu’ça tonne jusqu’au levant ! Car sous la poudre et sous le sang, j’garde ma fée des océans ! [Outro] Et si je sors vivant de cette mer ouverte en deux, J’irai poser mon sabre loin du vacarme et du feu. Car même un capitaine noyé dans la poudre et les tourments Peut rentrer vers une sirène… et laisser mourir ses démons dans le sang.

