
Cornemuseurs des Highlands à l'assaut des grandes orgues de la Terre
Quand j’entends un cornemuseur jouer sur la crête d’un des sommets, dans une vallée montagneuse, sur l’une des montagnes des Highlands, en Écosse, je suis pris par la montée des sons, par leurs rebonds dans l’écho des hauteurs. J’éprouve à la fois l’émotion éveillée par la beauté du moment et une espèce de crainte, où je me demande si le son se diffuse dans les profondeurs de la Terre, là où se meuvent les veines sinueuses des laves liquéfiées. J’ai l’impression qu’elles pourraient soudain craquer l’écorce terrestre et éveiller quelques démons endormis, bien en deçà des nappes phréatiques. Je me dis qu’un jour, la rencontre avec cette fusion magmatique va vaporiser les eaux minérales, et que les crêtes de la chaîne de montagnes se rehausseront aussi majestueusement que les chaînes du Tibet, comme le souffle des tuyaux vrombissants de Notre-Dame du Sablon. Oh, l’angoisse issue des sommets, et celle d’un instrument qui menait autrefois au combat des armées entières. Devrons-nous abandonner cette humanité comme l’on quitte les maisons de la contrescarpe du Mont-Saint-Michel, avant qu’elles ne glissent en éclisses à partir de la ligne d’horizon des prés salés ? J’ai peur, je l’avoue, saoulé par les sons et la rigueur des escarpements rocheux, éperons telluriques annonçant la fin des temps. Ah, les grandes orgues de la Terre, celles des profondeurs, enfouies sous la mer intérieure qui contient l’eau primale, enfermée, close et mystérieuse.

