
Je suis le Hall Ding... Le Hall ne dort jamais. Il respire. Au rythme des chaussures fatiguées. Des regards baissés. Des lendemains reportés. Le Hall... C'est l'endroit où les rêves prennent un ticket. Les désillusions... Passent sans faire la queue. Chaque matin, les portes s'ouvrent. Quelqu'un monte. Quelqu'un descend. Le Hall, lui... Reste debout. Comme un vieux père qui voit partir ses enfants sans savoir s'ils reviendront. Au mur, les affiches changent. Les slogans changent. Les couleurs changent. La fissure... Jamais. Ding... Les portes s'ouvrent. Les sourires entrent. Les promesses aussi. Les portes se referment. Le silence descend avec l'ascenseur. Au fond, une vieille salle obscure. On raconte parfois l'histoire d'un homme qui portait son pays avant de porter son nom. Les lumières se rallument. Quelqu'un souffle : «« À quel étage... a-t-on appris à servir sa carrière avant de servir son pays ? »» Le Hall ne répond pas. Il a entendu trop de réponses. Les campagnes durent quelques semaines. Les fins de mois... Toute une vie. Ils parlent de croissance. Le Hall parle de survie. Ils parlent de confiance. Le Hall compte les renoncements. Ils parlent de demain. Le Hall essaie déjà de finir aujourd'hui. Ding... Les portes s'ouvrent. Les caméras arrivent. Les micros fleurissent. Les promesses poussent plus vite que les saisons. Les portes se ferment. Les caméras repartent. Le Hall... Ramasse les pétales. Le gardien essuie le sol. Je lui demande : «« Vous les connaissez ? »» Il sourit. «« Je les vois passer. »» «« Et les gens ? »» Il s'arrête. Regarde le Hall. Puis murmure : «« Eux... je les vois attendre. »» Le Hall n'a jamais demandé des miracles. Seulement qu'on se souvienne des prénoms avant des pourcentages. Des mains avant des graphiques. Des vies avant des discours. Le soir tombe. Les lumières restent. Les portes continuent de s'ouvrir. De se fermer. Comme un cœur qui refuse d'abandonner. Je quitte le Hall. Je me retourne. Une petite fille demande à son grand-père : «« Pourquoi ils montent toujours ? »» Le vieil homme serre sa main. Long silence. Puis répond : «« Parce qu'en haut... on voit moins bien ceux qui sont restés en bas. »» Ding... Les portes s'ouvrent. Le Hall applaudit encore. Pas parce qu'il est naïf. Parce qu'un peuple qui cesse d'espérer... N'entre plus dans aucun bâtiment.

