[Ambiance nocturne cinématographique. Piano feutré, basse profonde, guitare électrique atmosphérique. Tempo lent 76 BPM. Voix masculine grave, proche du micro, presque parlée.] Aucune Larme Je n’ai aucune larme à offrir À la postérité. Aucune larme de tristesse, Aucune larme de détresse. Aucune larme n’a coulé Sur ma joue. [Entrée discrète d'un violoncelle. Grande réverbération, espace sonore vaste.] Aucun souvenir Je n’ai aucun souvenir de mes larmes, Aussi lointaines soient-elles. Aucune blessure ne m’a brisé, Aucune perte ne m’a vidé. J’essaie de me rappeler, Je m’en veux de ne pas me rappeler ! [Percussions aux balais. Léger grondement grave évoquant un train nocturne.] J’ai longé les rives du Styx, Remonté jusqu’à la source. Je me suis laissé porter, Toujours plus loin de la rive. Je me suis laissé porter Hors de portée. [Montée progressive des cordes. Échos lointains sur certaines fins de phrases.] Sur des rivières de larmes, Aucune ne m’appartenait. Je me suis laissé dériver Hors de portée. [Transition instrumentale. Guitare atmosphérique et souffle de vent. La rythmique s'efface presque totalement.] Aucune larme de joie Mes yeux sont déserts, Vidés de leur eau Par la poussière du temps, Les tempêtes de sable. Mes yeux sont déserts, Vidés de leur eau. [Texture désertique. Percussions sourdes et espacées. Cordes suspendues.] J’ai marché dans les dunes, Cherché l’oasis, Trouvé des mirages, Perdus dans les marges. Je me suis laissé admirer, Lassé, délaissé. Mais le puits était desséché, Les yeux desséchés. [Montée dramatique. Batterie profonde. Les cordes prennent de l'ampleur. La voix devient plus intense.] Mais qui m’a cassé ? Qui a fermé le canal ? Qui a détourné les eaux Du canal lacrymal ? [Point culminant émotionnel. Chœurs masculins graves et lointains.] J’aurais tant voulu la larme. J’en suis équipé. Mais qui nous a cassés ? Je ne peux que le déplorer. Qui a décidé Que les hommes Ne pouvaient pas pleurer ? [Explosion orchestrale contenue. Cordes larges, batterie lente et puissante.] Je n’ai aucun souvenir de mes larmes, Aussi lointaines soient-elles. Aucune blessure ne m’a brisé, Aucune perte ne m’a vidé. J’essaie de me rappeler, Je m’en veux de ne pas me rappeler. [La batterie disparaît. Retour au piano seul. Voix presque murmurée.] Aucune larme, Aucune larme, Aucune larme... [Longue réverbération finale. Violoncelle solo. Le morceau s'éteint lentement dans le silence.]