
On tient à tout ce qui nous tient... Et tout ce qui nous tient nous blesse. Minuit, la lettre sur la table, Huit cents kilomètres en travers. Je trace des routes sur la nappe, Entre ton lit et mon devoir. Depuis que la classe est fermée, Le silence emplit mes deux bras. Je frotte les meubles, les parquets, Pour ne pas entendre tes pas. Et tu me dis : « Il faut qu'on avance... » Et l'on me dit : « Il faut choisir... » Comme si j'avais des ciseaux, Comme si trancher dans le vif Laissait le reste intact. Attachés, on est attachés, Par les mains, le pain et le sang. Ne me demandez pas de couper Un nœud sans saigner de dedans. Ma liberté s'est amarrée Aux poignets de ceux qui me tiennent. Le dimanche ramène les voix, Les jours me réclament encore. Il reste tant de liens, de choix, Je ne peux pas tourner le dos. Ma mère répète au téléphone Que les collines n'ont pas changé. C'est moi qui bouge, c'est moi qui porte Tout un pays sous mes souliers. Je veux une vie, pas une attente ! Je fais du mieux que je peux... Comme si j'avais des ciseaux... Comme si trancher dans le vif Laissait le reste intact. Attachés, on est attachés, Par les mains, le pain et le sang. Ne me demandez pas de couper Un nœud sans saigner de dedans. Ma liberté s'est amarrée Aux poignets de ceux qui me tiennent. Je ne veux pas mourir dans ce vide, À balayer des pièces sans voix... Je ne peux pas quitter ma route, Ni te laisser porter ce poids. Qu'est-ce qu'on fait de nous ? Je ne sais pas... Je ne sais pas... Attachés, on reste attachés, Par les mains, le pain et le sang. Mais c'est nous qui tenons ! C'est nous qui tenons la corde, Maintenant. Ma liberté s'est amarrée Aux poignets de ceux que je tiens. Et je tiens... Et je tiens... Peut-être qu'être ensemble... C'est simplement partager nos nœuds. Je ne sais pas... Je ne sais pas encore.

