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Astranomie

V6

Elle s’est assise au bord du monde, les jambes offertes au vent. Sous elle, la falaise était sombre, au-dessus, le ciel trop grand. Sa cape dormait sur la pierre, son regard bien plus loin qu’elle. On aurait dit que la lumière avait oublié d’être éternelle. Elle avait porté tant d’orages, tant de soleils à bout de bras, qu’elle ne savait plus quel courage il fallait garder pour soi. Les héros connaissent aussi l’ombre, les mains qui tremblent en secret. Quand tout le monde vous croit immense, où peut-on poser ce qui pèse ? Même les étoiles vacillent quand la nuit devient trop grande. Même les plus belles lumières ont parfois besoin qu’on les attende. Car aucun feu dans l’univers ne tient le ciel à lui tout seul. Il suffit parfois d’une présence pour que la nuit soit moins immense. Un loup sortit lentement de l’ombre, sans promesse et sans détour. Il vint s’asseoir près de son épaule comme on veille jusqu’au jour. Il ne demanda pas sa peine, ne chercha pas à la guérir. Il resta là, tranquille et proche, et cela suffisait pour tenir. Puis un colibri vint se poser, presque sans poids sur son épaule. Une étincelle dans le soir, un battement minuscule. Même les étoiles vacillent quand la nuit devient trop grande. Même les plus belles lumières ont parfois besoin qu’on les attende. Car aucun feu dans l’univers ne tient le ciel à lui tout seul. Il suffit parfois d’une présence pour que la nuit soit moins immense. Dans l’herbe haute vint le bison, lent comme un morceau de terre. Il portait dans son vieux silence la patience des hivers. La libellule suivit le vent, un éclat bleu contre la nuit. Elle traça près de son visage un chemin que personne n’écrit. Alors la falaise sembla moins vide. Le ciel, moins loin qu’autrefois. Rien n’avait effacé la tristesse, mais elle n’était plus seule avec elle. On croit parfois que ceux qui brillent doivent éclairer sans repos. Mais regarde le ciel : aucune étoile ne dessine seule une constellation. Même les étoiles vacillent quand la nuit devient trop grande. Même les plus belles lumières ont parfois besoin qu’on les attende. Et quand plusieurs feux se répondent au milieu du silence immense, ce n’est plus une étoile qui tremble, c’est un ciel qui recommence. Elle resta là jusqu’à l’aube, le loup tranquille à ses côtés. Un colibri contre son épaule, un bison couché dans les herbes, une libellule dans la clarté. Et lorsque le premier rayon parut, personne ne demanda qui avait sauvé qui.