Song Cover Image

4 - Le couloir

+ Show full styles
V5.5

Certaines portes ne s'ouvrent qu'après la fin des discours. Les ascenseurs s'arrêtent ici. Au-delà... On marche. Le tapis étouffe les pas. Les murs avalent les échos. Même le silence a signé un accord de confidentialité. Les portes se ressemblent toutes. Aucun nom. Seulement des numéros. Comme si les visages étaient devenus inutiles. Je passe devant la première. Une voix murmure : «"...il ne faut pas convaincre..."» Un silence. «"...il suffit d'attendre."» La deuxième. Des éclats de rire. Puis... «"...ils se battront entre eux..."» Un verre se pose. «"...on n'aura plus qu'à regarder."» La troisième. Une carte du monde. Sans frontières. Seulement des flèches. Je demande : « C'est quoi ? » On répond : « Les prochains marchés. » Je croyais qu'on parlait de pays. Plus loin... Une porte reste entrouverte. Des écrans. Des courbes. Des visages connus. Des logos. Des unes de journaux. Un homme demande : Ils pensent quoi ? Un autre répond : Attendez demain... on leur expliquera. Le couloir continue. Il n'y a plus de fenêtres. Seulement des miroirs sans reflet. Je comprends. Ici... On préfère regarder les chiffres que les yeux. Au fond... Une immense salle. Une table ronde. Étrange. Personne n'est assis à la meilleure place. Pourtant... Tout le monde sait où elle est. Les portes s'ouvrent. Les couleurs arrivent. Rouge. Bleu. Vert. Jaune. D'autres encore. Les poignées de main sont plus nombreuses que les désaccords. Les caméras s'allument. Les sourires apparaissent. Les caméras s'éteignent. Les prénoms reviennent. Une voix dit : Tu joues encore l'opposition ? Un rire. Jusqu'à vingt heures. Le silence. Puis les verres qui s'entrechoquent. Je poursuis ma route. Au bout du couloir... Une seule porte. Aucune serrure. J'entre. La pièce est vide. Sur la table... Des contrats. Des drapeaux pliés. Des micros éteints. Une télécommande. Et un écriteau. Il est simplement écrit : Merci de laisser vos convictions à l'entrée. Je ressors. L'agent d'entretien passe sa serpillière. Je lui demande : Ils décident de quoi, ici ? Il hausse les épaules. Puis me répond : De tout ce qui ne sera jamais annoncé comme une décision. Je quitte le couloir. Avant que la porte ne se referme... J'entends une dernière phrase. Je ne reconnais aucune voix. Seulement ces mots : Peu importe qui gagne... tant que personne ne change les règles. La porte se ferme. Le silence revient. Et soudain... Je comprends pourquoi... Les couloirs sont toujours plus longs que les discours.