
Ils ont emménagé un mardi, Trois cartons, un tapis, et c'était parti. Le canapé leur a dit Non, Je ne m'assois pas à califourchon ! Le lit déménageait chaque nuit, Un matin, ils l'ont trouvé dans la cuisine. Elle a demandé Tu fais quoi ici ? Le lit n'a rien dit, mais il avait bonne mine. Le frigo réclamait auprès de sa mère J'en ai assez de vivre dans la poussière ! Je veux voir la vie, prendre l'air, Et pourquoi pas une fenêtre sur la mer ? La table basse refusait son plateau : Je ne suis pas un radeau ! Qu'on cesse de poser des choses sur mon dos, J'ai mes limites, le morale ramollo ! Quant à l'armoire, au fond du séjour, Elle avait pris un avocat ce jour. Elle préparait son procès en recours Pour utilisation abusive de sa bravoure. Ils ont convoqué tous les meubles, Réunion générale au milieu du séjour. Qui a des problèmes ? Qu'il se manifeste ! Le canapé a levé un accoudoir J'ai mal au dossier, vous pourriez m'aider ? Elle a soupiré, lui a tout noté. Sur un post-it, près du buffet : Ne pas contrarier le lit après minuit ! L'appartement refusait les meubles, Les meubles refusaient la maison. Il fallait négocier avec les fauteuils Pour avoir le droit de tourner en rond. L'appartement refusait les meubles, Mais eux s'y trouvaient plutôt bien. Quand tout se dérègle dans la maison, Ils finissent toujours par s'entendre à la fin. Elle voulait ranger les tiroirs, Lui préférait remettre ça au soir. Le frigo voulait qu'on le laisse tranquille, Sans lui demander de dégivrer la ville. Ils ont appris à vivre à trois : Elle, lui, et l'appartement qui faisait la loi. Elle a pris le tiroir du haut, Lui, le grand bazar du bas. Le lit a promis de resté en place, Le canapé a retrouvé sa place. Le frigo a reçu une plante verte, Et l'armoire attend toujours son verdict. Ils n'avaient pas de meubles dociles, Ni de salon sorti d'un magazine. Mais quand elle riait de ses chaussettes, Il oubliait les tiroirs et les dettes. Ils n'avaient pas tout bien rangé, Mais ils avaient trouvé comment s'accorder. Dans ce petit appartement récalcitrant, Ils apprenaient à vivre ensemble, simplement. L'appartement refusait les meubles, Les meubles refusaient la maison. Mais eux avaient signé le bail Pour une drôle de colocation. L'appartement refusait les meubles, Et leur amour prenait ses aises. Entre les chaussettes et les réunions, Ils avaient trouvé leur maison. Le canapé a fini par s'asseoir. Le lit a promis de ne plus bouger. Le frigo a gardé sa plante… Et l'armoire ? Elle a fait appel.

