
Ah, comme j’aime l’automne, ce gigantesque tunnel de verre inséré chaque année par l’univers entre l’été et l’hiver. Peut-être que ça t’étonne, toi qui aimes tellement l’été, de me voir amoureux de cette saison colorée. Peut-être que ça détonne avec les propos des vacanciers qui disent que la seule saison pour visiter, c’est l’été. Mais moi, j’adore l’automne. J’aime appuyer ma tête sur sa poitrine fripée, tête sertie d’une couronne de grilles de jardins rouillés, de feuilles mortes et de chaleurs étiolées. L’oreille fermement appuyée sur sa poitrine de ronces et de racines, juste pour entendre battre son cœur de pomme. Quand l’amour est venu frapper à ma porte, ce n’était déjà plus l’été — trop de choses étaient tombées, effondrées au sol, à même la giboulée. Les champs labourés furent dépeignés par la tignasse échevelée des herbes séchées le long des chemins de la contrée, des chemins de comtés, des cantons, des villages, des lieux-dits, des chemins presque maudits que personne ne désire plus nommer de peur que la froidure s’empare des chaussées, des visages bétonnés des grands boulevards urbanisés, de la face cachée de la lune asphaltée d’entraves goudronnées. Quand la Terre adopte un angle irrité, un angle antagoniste face à l’inclinaison du soleil, un soleil déserté, épuisé par tous les jardins du monde et qui quémande le droit de pleurer, de s’écouler, de vider la panse des nuages gonflés pour se donner le droit de se reposer dans la mousse de sphaigne humidifiée.

