
Le banc était tiède. Pas confortable, juste honnête. Le soleil faisait semblant de partir Pour voir si on allait le retenir. Tu regardais ton téléphone Comme on regarde une sortie de secours. Moi, j’apprenais ton profil Par cœur, sans bouger. Les arbres faisaient de l’ombre inutile Le parc respirait lentement. Il ne se passait rien, Et c’était exactement ça. Le monde tenait dans ta main. Puis tu l’as posé à côté de toi. Ton regard a changé de focale. Comme au cinéma quand tout devient net. J’ai compris que j’étais passé De figurante à cadre principal Tu as souri sans raison visible. Ce genre de sourire qu’on ne répète pas. Je n’ai rien dit. Les bonnes scènes n’expliquent-rien. Le temps s’est assis avec nous. Il n’avait plus rien d’urgent à faire. Si l’amour existe sans musique, Sans promesse, sans drame, Alors il ressemblait à ça : Deux personnes qui ne regardent plus ailleurs. Le téléphone a glissé, lentement, Comme un objet oublié par le scénario. Ta main a frôlé la mienne, Sans message caché. J’ai pensé : “Ça pourrait suffire.” Pas pour toujours. Mais pour maintenant. Et maintenant était beau. Peut-être qu’on se compliquera plus tard. Peut-être qu’on écrira trop. Mais cette scène-là N’a besoin d’aucun dialogue. Le soleil est parti pour de vrai. On ne l’a pas retenu. On n’avait plus besoin de lumière. Si quelqu’un demandait quand tout a commencé, Je ne parlerais pas d’amour. Je dirais juste… : “À la seconde exacte Où l’écran s’est éteint.”

