
[Intro – piano seul, mélodie simple comme une comptine] [Couplet 1 – voix féminine, claire, presque parlée] J’avais deux clés au même anneau, une qui grince, une qui glisse ; deux brosses à dents, deux lavabos, deux chambres et deux affiches. Le dimanche soir, sur le parking, vous vous passiez mon sac à dos avec des gestes de cérémonie et des sourires un peu trop beaux. [Refrain – chanté] Je n’ai jamais rêvé de vous revoir sur la même photo. J’ai rêvé de vous voir respirer, enfin, plus haut. Une maison ou deux, un toit, deux toits, qu’importe : je voulais vous entendre rire derrière chaque porte. [Couplet 2 – les balais entrent] Chez papa, j’ai appris qu’il savait rater les crêpes en riant, chanter faux sur l’autoroute, parler de lui, de temps en temps. Chez maman, la radio a repris sa place, les fenêtres ouvertes en grand, elle a repeint la cuisine en jaune — je ne la connaissais pas comme ça, avant. [Refrain] [Pont – parlé, piano seul] Les grands croient qu’un enfant compte les maisons. Un enfant compte les silences. Avant, il y en avait un seul, très grand, au milieu de la table. Après, il y avait deux maisons — et plus de place pour lui. [Break – piano comptine, balais légers] [Couplet 3 – voix plus mûre] Aujourd’hui j’ai mes propres clés, quelqu’un qui m’attend, le soir. Et si un jour on ne s’aime plus, je saurai ce qu’il faut savoir : qu’on ne reste pas pour les petits comme on garde un meuble lourd — on leur doit des gens vivants, pas les décombres d’un amour. [Refrain final] Je n’ai jamais rêvé de vous revoir sur la même photo. Merci d’avoir osé partir debout, pas en lambeaux. Une maison ou deux, un toit, deux toits, qu’importe : aujourd’hui je vous entends rire derrière chaque porte. [Outro – piano comptine, seul] Deux clés. Un seul cœur. Le mien.

