[Intro] La porte grince à dix-neuf heures, le cuivre pleure au fond du bar. Un vieux piano perd sa chaleur, dans le brouillard des boulevards. [Verse 1] Table deux, madame Élise commande encore deux cafés noirs. Elle dit “j’attends qu’il se décide”, mais je connais toute l’histoire. Son alliance cogne la porcelaine, comme un clocher dans le matin. Je lui souris, je dis “sans crème ?” elle répond “comme il aimait bien”. [Pre-Chorus] Je passe entre les chaises, entre les vies mal refermées. On me demande l’addition, jamais ce que j’ai traversé. [Chorus] Moi je sers les silences, les regrets, les adieux, les amours qui se penchent sans se regarder mieux. Sous les nappes trop blanches, dans le bruit des couverts, je connais vos dimanches, mais personne ne sait mon hiver. [Verse 2] Table sept, ils sont deux en face, leurs mains ne se cherchent plus. Elle parle du temps qui passe, lui regarde dehors, vaincu. Ils prennent le vin des grandes fêtes, celui qu’on garde pour les beaux jours. Mais dans leurs phrases trop honnêtes, j’entends mourir leur amour. [Pre-Chorus] Je ramasse les miettes, les regards tombés sous la table. Ils disent “tout va bien, merci”, avec des voix irréparables. [Chorus] Moi je sers les silences, les regrets, les adieux, les amours qui se penchent sans se regarder mieux. Sous les nappes trop blanches, dans le bruit des couverts, je connais vos dimanches, mais personne ne sait mon hiver. [Verse 3] Au comptoir, monsieur Lambert vient tous les soirs à la même heure. Il dit qu’une femme l’espère, qu’elle est en retard, qu’elle demeure. Je pose un verre, il me raconte la même histoire, les mêmes détails. Mais son reflet baisse de honte quand personne n’ouvre le portail. [Bridge] Et moi, derrière mon tablier, je tiens debout par habitude. Je sais les noms, les plats, les clés, les anniversaires, les solitudes. Je connais les peines sans visage, les baisers faux, les vrais départs. Mais quand j’éteins le dernier étage, qui me demande si je rentre tard ? [Chorus - montée] Moi je sers les silences, les regrets, les adieux, les amours qui se penchent sans se regarder mieux. Sous les nappes trop blanches, dans le bruit des couverts, je connais vos dimanches, mais personne ne sait mon hiver. [Final] La porte grince à minuit passé, le vieux piano ne répond plus. Je laisse les chaises renversées, comme des danseurs qui ont trop bu. Demain, ils reviendront s’asseoir, avec leurs failles sous les vestes. Et moi, gardien du réfectoire, je servirai ce qu’il leur reste. [Outro] Table deux, table sept, comptoir, un café froid, deux verres de vin. Je connais par cœur vos histoires… mais qui connaît la mienne, enfin ?