
Eritis sicut dii Vous serez comme des dieux, tabarnak. C’est de même que l’serpent d’Éden prêchait, La langue fourchue pis l’péché dans yeule. Pis son souffle a traversé l’Atlantique Pour venir mourir icitte, au Québec. Entre les vieilles paroisses, Les croix plantées su’l bord des chemins, Pis les clochers qui surveillent encore les villages. Il a descendu le Saint-Laurent, De Québec jusqu’à Montréal, Pendant que le fleuve charriait Les prières mortes de nos ancêtres. Sacrament, garroche-toé dans l’grand néant ! J’t’adore, ô homme vicieux, Pécheur magnifique, Enfant maudit du bon Dieu ! Astheure, écoute ben mes paroles, Ma gang de mortels condamnés : Nourrissez ma colère Avec le sang du lion ! Graissez mon envie Avec le gras des agneaux ! Parce qu’icitte, Même sous trois pieds d’neige, Les chemins du Mal vont fleurir. Du Saguenay jusqu’en Gaspésie, De l’Abitibi jusqu’à Montréal, D’la Côte-Nord jusqu’aux Cantons-de-l’Est : Que les vieilles cloches sonnent une dernière fois ! Regardez-moi les monuments du bon Dieu pourrir ! Les clochers craquent sous janvier, Les statues perdent leur face, Les vieux presbytères ferment leurs portes, Pis les saints mangent la poussière. Lex Divinus ! Votre loi divine ? M’A VOUS RÉDUIRE ÇA EN POUDRE, CÂLISSE ! J’arrache les pages des livres saints, J’dépouille les évangiles, J’profane les versets des anges Pis j’crisse les vieux psaumes dans l’vent du nord ! Comme les feuilles mortes en octobre, Toute votre sainte patente Se ratatine, Se dessèche, Pis finit en cendres. Pendant c’temps-là, Moi, j’mène les armées des étoiles. EN AVANT, MES TABARNAKS ! Traversez les rangs ! Traversez les villages ! Traversez les forêts noires ! Allez embrasser le Soleil Jusqu’à vous brûler l’âme ! Quand le bon Dieu répond pus, c’est nous autres qui prêchons au Québec. Quand les cloches se taisent, C’est notre voix qui résonne Entre les montagnes pis le Saint-Laurent. Dans l’Église de Satan, Entre les cierges noircis, Les crucifix renversés Pis l’encens qui sent l’enfer : Ta puissance est juste, sacrament ! J’ai vu les planètes venir au monde. J’ai vu des mondes crever dans le noir. J’ai vu des générations de Québécois Naître à l’ombre des clochers, Se faire dire quoi croire, Quoi craindre, Pis devant qui s’mettre à genoux. Mais les portes se sont ouvertes. Les bancs se sont vidés. Les soutanes ont disparu. Pis le Québec a marché dehors Sans demander la permission au curé. J’ai dirigé le chœur des étoiles, J’ai chevauché la queue des comètes, Plus vite qu’un maudit ange Qui s’sauve du jugement dernier. Pis j’me suis transformé : De Dieu En cendres. De cendres En poussière. De poussière En Homme. TABARNAK ! Quand Dieu est absent, C’est nous autres qui évangélisons. Quand le Christ répond pus, On s’répand partout Comme une maudite tempête de février. De Montréal à Québec, De Trois-Rivières au Lac-Saint-Jean, De village en village, De rang en rang, De clocher en clocher. Pu d’hostie consacrée. Pu d’eau bénite. Pu d’absolution. Juste le feu, La neige, Le fleuve, La poussière, Le péché Pis notre maudite volonté. ICITTE, AU QUÉBEC, ON S’MET PU À GENOUX ! Dans l’Ecclesia Diabolica Catholica ! Dans l’Église de Satan ! TA PUISSANCE EST JUSTE ! Que ça résonne dans les Laurentides ! Que ça descende le Saint-Laurent ! Que ça fasse trembler les vieux clochers ! OSTIE ! CÂLISSE ! TABARNAK ! AMEN… EN CALVAIRE.

