On m’a dit : “Il va bien falloir travailler.” J’ai répondu : “S’il te plaît… ne m’insulte pas.” On m’a parlé d’avenir stable, de réveil, de loyer, d’effort. D’un petit bureau confortable où l’on vieillit sans faire de bruit dehors. On m’a dit : “Trouve donc ta place, signe ici, souris, sois content. La liberté laisse des traces, mais le crédit dure plus longtemps.” On m’a vendu la belle histoire du mérite en costume gris. Trente-cinq heures pour y croire, quarante ans pour dire merci. Et moi j’écoutais, l’air aimable, comme on regarde un accident. Avec mon âme irresponsable qui refusait le règlement. Je sais, je sais, faut bien payer le toit, le pain, les assurances. Mais j’ai du mal à célébrer la laisse avec reconnaissance. Moi, travailler ?! S’il te plaît, ne m’insulte pas. J’ai déjà vu ce que ça fait aux gens qui rentrent sans leur joie. Moi, travailler ?! Pour m’acheter de quoi tenir ? Pour payer cher le droit d’user ma petite vie à obéir ? Moi, travailler ?! Je veux bien vivre, mais pas comme ça. Si vendre son temps rend respectable, alors je manque un peu de foi. Les gens défendent leur confort comme un prisonnier son matelas. Ils disent : “Au moins, moi, je m’en sors”, en décorant leur propre cage à bras. Ils ont des canapés immenses, des abonnements, des écrans plats. Et quand leur silence recommence, ils montent le son pour couvrir ça. Ils achètent des parfums de vacances, des plantes vertes en plastique doux. Puis appellent ça de l’existence, avec un virement à la fin du mois. On consomme pour se remettre d’avoir produit toute la journée. C’est beau comme une messe honnête où même Dieu serait facturé. Je sais, je sais, c’est pas si simple, il faut manger, il faut payer. Mais quand la vie devient une usine, qui profite de nos nécessités ? Moi, travailler ?! S’il te plaît, ne m’insulte pas. J’ai déjà vu ce que ça fait aux gens qui rentrent sans leur joie. Moi, travailler ?! Pour m’acheter de quoi tenir ? Pour payer cher le droit d’user ma petite vie à obéir ? Moi, travailler ?! Je veux bien vivre, mais pas comme ça. Si vendre son temps rend respectable, alors je manque un peu de foi. Je ne crache pas sur ceux qui triment, je crache sur ceux qui trouvent ça beau. Sur ceux qui vendent l’abîme avec des primes et des tickets resto. Je ne méprise pas la fatigue, ni les mains dures, ni les dos cassés. Je méprise la vieille musique qui dit : “Souffrir, c’est mériter.” On nous apprend très tôt la phrase : “Il faut bien gagner sa vie.” Mais gagner sa vie, quelle extase, quand on la perd du lundi au vendredi. Produis. Souris. Achète. Subis. Travaille. Consomme. Remercie. Recommence. Courage. Silence. Crédit. Vacances. Plus vite. Plus sage. Plus vide. Dommage. Moi, travailler ?! S’il te plaît, ne m’insulte pas. Je ne suis pas né pour remplir des cases où mon cœur ne bat pas. Moi, travailler ?! Je veux bien faire, construire, servir. Mais pas me vendre pour nourrir un monde qui mange l’avenir. Moi, travailler ?! Peut-être un jour, mais pas pour ça. Pas pour que ma vie devienne rentable à quelqu’un qui ne la vivra pas. On m’a dit : “Il va bien falloir travailler.” J’ai répondu : “Peut-être. Mais pas devenir rentable.”