
Séridione I : Le Cœur mécanique
[Intro - male voice - spoken] Dans la ville aux entrailles d’airain… Quand les cheminées étouffent le matin… Une femme fend le ciel toxique, A bord de son dirigeable mécanique. On raconte qu'au fond d'un souterrain, Sous des verrous de cuivre et les coffres, Un vieux Cœur mécanique gît, ensommeillé, Capable de retordre les jours passés, Mais réclamant toujours plus qu’il n’offre. [Couplet 1 | female voice, beat mécanique discret] Cette nuit-là, tous les cadrans se sont figés, Les aiguilles de bronze ne savaient plus tourner. Dans les rues sombres, des enfants ont disparu, Et leurs mères appelaient sous les becs de gaz rompus. Sur une montre brisée, j’ai vu un sceau malsain, Comme la morsure d’un dieu de fonte inhumain. Dans la fumée, j’ai trouvé une clef scellée d’un signe ancien, Et j’ai compris qu’on voulait réveiller la Machine du Destin. [Pré-refrain | chœurs] Sous les pavés, sous les conduits, Un vieux secret halète en silence. Dans la vapeur, dans la nuit de suie, J’entends déjà battre sa présence. [Refrain | Dubstep - female voice] Machine maudite, dis-moi ton prix, Que faut-il perdre pour changer sa vie ? Machine occulte, dis-moi pourquoi, Tu rends l’espoir mais tu voles le choix. Si tu peux réécrire un destin, Pourquoi semer autant de chagrin ? Machine funeste, réponds enfin, Que broient tes rouages en festin ? [Couplet 2 | female voice] Pour suivre la piste, j’ai mis un masque d’ivoire, Et franchi les verrières d’un grand bal noir. Le marquis de Valombre m’attendait, l’œil sévère, Sous sa redingote d’ébène et ses manières carnassières. Une chanteuse blafarde m’a murmuré tout bas : « Cette machine ment jusqu’à ce que ton âme cède à ses lois. » Puis j’ai compris ce que voulait le Marquis : Rajeunir… même au prix d’une autre vie. Et sous les lustres, les coupes et les danses, J’ai senti la ville plier sous ses exigences. [Pré-refrain | chœurs] Sous le velours, sous les regards, La vérité s’avançait masquée. Sous les sourires, derrière le désespoir, Le passé voulait recommencer. [Refrain | Dubstep - female voice] Machine maudite, dis-moi ton prix, Que faut-il perdre pour changer sa vie ? Machine occulte, dis-moi pourquoi, Tu rends l’espoir mais tu voles le choix. Si tu peux réécrire un destin, Pourquoi semer autant de chagrin ? Machine funeste, réponds enfin, Que broient tes rouages en festin ? [Couplet 3 | female voice] Nous sommes descendus sous les hauts fourneaux en feu, Là où grondent les chaînes et les moteurs poussiéreux. Il y avait des ponts suspendus au-dessus du vide, Des engrenages, des étincelles, des râles d’acier livide. Et là, au centre, j’ai vu ce Cœur mécanique infernal, Cloué dans un berceau de pistons, de cuivre et de métal. Relié à la ville par des artères d’huile et d’airain, Comme si chaque rue respirait par ce monstre souterrain. Alors j’ai su la vérité entière : Pour changer le passé, il faut payer cher. Elle prend des années, elle prend des souvenirs, Elle donne une illusion… puis elle laisse souffrir. [Pont | female voice] Le Marquis m’a dit : « Tu peux changer ton existence. Tu peux dissoudre les douleurs Dans l’huile noire du silence. » J’ai fermé les yeux… en résistance… J’ai failli le croire à cet instant précis… Car moi aussi j’avais connu des absences, Des lambeaux perdus de ma vie. Mais je n’offrirai pas Des innocents à la machine. Je ne réparerai pas mon passé Avec la mémoire des vies qu’elle assassine. [Montée | Dubstep] Tourne la clef… Garde ta volonté… Brûle le Cœur… Brise sa loi… Tiens bon… Ne cède pas… Sauve la ville… Mets fin au rituel vil… Même si cela t’oblige à briser Ce que ton âme rêvait de remonter. [Refrain final | Female voice - Dubstep] Machine obscure, voilà mon choix, Je ne te laisserai plus décider pour moi. Machine occulte, je brise ta loi, Tu ne réécriras rien cette fois. S’il faut souffrir pour sauver demain, Alors je paierai de mon chagrin. Cœur mécanique, ton règne est fini, Je rends la ville à sa vraie vie. [Final cinématique | female voice] La foudre a couru dans les côtes du métal, Les passerelles ont cédé dans un hurlement brutal. Le Marquis est tombé dans la gueule des flammes, Pris dans le piège qu’il avait tendu aux âmes. Les enfants sont revenus au matin, intacts, Et les horloges ont repris leur vieux tic-tac. Même si j’ai gardé au fond de moi Une absence que je n’effacerai pas. J’ai sauvé la ville de l’effroi, Et cela valait ce combat. [Outro - male voice - spoken] Dans la ville aux entrailles de cuivre, Les aiguilles ont repris leur lente mesure. Le Cœur mécanique s’est tu pour toujours, Et sous un ciel de cendre, Séridione fend l’azur.

