[Intro] J’ouvre la grille au petit jour, la rue n’a plus rien à me dire. Le froid s’accroche aux abat-jours, les roses continuent de s’ouvrir. [Verse 1] Je change l’eau des vieux bouquets, comme on ranime une prière. Les lys attendent sur le quai d’une saison sans passagère. J’ai balayé les feuilles mortes, rangé les vases par couleur. Personne ne pousse la porte, mais je prépare encore les fleurs. [Pre-Chorus] Les rubans dorment dans les tiroirs, les noms s’effacent sur les cartes. Je fais semblant de tout savoir, quand le monde entier se rétracte. [Chorus] Je vends des fleurs aux absents, aux fenêtres, aux silences, aux prénoms mangés par le vent, aux promesses en partance. Je vends des fleurs aux absents, aux retours qui n’ont plus lieu. Je garde un peu de printemps dans la gorge d’un monde vieux. [Verse 2] J’ai fait un bouquet de mariée pour une robe qui ne viendra pas. Du blanc, du crème et du regret, un peu de gypsophile en bas. Pour les amants sans rendez-vous, je noue des roses presque rouges. Elles ont ce tremblement très doux des choses belles quand rien ne bouge. [Pre-Chorus] La caisse ne chante plus jamais, le cuivre dort sous la poussière. Mais mes ciseaux coupent le frais avec la grâce des lumières. [Chorus] Je vends des fleurs aux absents, aux fenêtres, aux silences, aux prénoms mangés par le vent, aux promesses en partance. Je vends des fleurs aux absents, aux retours qui n’ont plus lieu. Je garde un peu de printemps dans la gorge d’un monde vieux. [Verse 3] Madame Elise aimait les pivoines, Monsieur Lambert les renoncules. Le jeune Paul prenait des chrysanthèmes pour parler sans formule. Je me souviens de leurs manières, de leurs manteaux, de leurs adieux. Ils mettaient dans mes primevères ce qu’ils n’osaient dire aux yeux. [Bridge] Et si plus personne ne passe, si la ville a fermé ses mains, je resterai là, dans ma place, à composer pour les lendemains. Tant qu’une tige tient debout, tant qu’un parfum traverse l’air, tout n’est pas mort, pas vraiment tout, il reste un souffle sous la terre. [Chorus - final] Je vends des fleurs aux absents, aux fenêtres, aux silences, aux prénoms mangés par le vent, aux promesses en partance. Je vends des fleurs aux absents, aux retours qui n’ont plus lieu. Je garde un peu de printemps dans la gorge d’un monde vieux. [Outro] J’éteins la lampe au fond du soir, les roses veillent dans le noir. Demain, j’ouvrirai doucement, pour vendre des fleurs aux absents.