
Personne se sauve tout seul
T’as cru que t’étais au-dessus ? T’as cru que t’allais t’en tirer sans les autres ? C’est drôle... La falaise est collective, même quand t’es en haut. Y’en a qui regardent de haut, comme si tomber c’était sale, Comme si la misère, c’est contagieux, comme un mal. Ils parlent d’« assistés », crachent sur ceux qui demandent, Mais s'ils tombent demain, qui tendra la main ? Personne. Ils veulent pas de charges, veulent pas de dettes morales, Juste leur carrière propre et une vie bien bancale. Ils ont oublié d’où vient la chaleur : C’est l’autre, c’est l’épaule, c’est l’effort à plusieurs. Tu crois que t’es fort ? Fort c’est tendre la main quand t’as rien, Fort c’est pleurer sans honte dans le matin. Tu crois que t’es libre ? Libre c’est quand personne crève à côté, Et qu' tu fais pas semblant d’pas voir l’humanité. Ils pensent que les autres, c’est des boulets, des poids morts, Mais oublient qu’ils marchent sur des routes pavées de corps. Ils ont grandi sous des toits, éduqués par la foule, Et s’imaginent qu’ils brillent tout seuls, sans la houle. Le pain a toujours un visage derrière la farine, Le savoir est tissé, collectif, sans vitrine. Mais ils veulent des trophées, seuls sur le podium, Sans voir que ce monde s’effondre sous leur royaume. Tu veux quoi ? Un monde où chacun compte pour un ? Où quand t’es faible, tu vaux rien, t’as qu’à crever loin ? L’élite de pacotille finira dans la même tombe, Et la haine des autres, c’est juste une bombe. Tu crois que t’es fort ? Fort c’est tendre la main quand t’as rien, Fort c’est tomber et pas tirer sur le voisin. Tu crois que t’es libre ? Libre c’est quand personne dort dehors, Et qu'tu bâtis un demain sans dévorer les corps. Il s’endort sur un banc, cent visages passent, Mais personne le voit, il est flou dans la masse. Une mère galère à nourrir trois gosses au SMIC, Pendant qu’un patron boit son champagne philanthropique. Dans le métro blindé, les regards se figent, Un cri de détresse, mais chacun fait sa ligne. On dit : « J’peux rien faire », on fuit les reflets, Mais l’indifférence, c’est un choix qu’on tait. Tu crois que t’es fort ? Fort c’est tendre la main quand t’as rien, Fort c’est tomber et pas tirer sur le voisin. Tu crois que t’es libre ? Libre c’est quand personne dort dehors, Et qu'tu bâtis un demain sans dévorer les corps. Personne se sauve tout seul. Personne. Même le dernier des puissants Tombe avec le silence des vivants. Alors ouais… Va falloir choisir un camp.

