
Deux neurones en tongs.
Le cœur de Karukera Cognait sous la chaleur noire. Rues sales. Voitures lentes. Chiens nerveux dans les caniveaux. Les types fumaient leurs bedos Sous les lampadaires fatigués, Avec des regards Qui donnaient envie de rentrer chez soi. Et lui… Petit béquet blanc Perdu trop loin de ses habitudes. Le cerveau noyé dans la fumée. Le désir plus fort Que l’instinct de survie. Les bars recrachaient encore du bruit. Des voix. Du reggae sale dans l’air humide. La nuit collait à la peau Comme une mauvaise idée. Et quelque part Entre le rhum tiède, Les regards lourds Et les rues qui semblaient attendre un problème… Son instinct primaire A fini par gagner. Déesse de couleur Appuyée contre un mur humide. Silhouette calme Dans la lumière orange malade. Quelques billets Pour oublier la solitude Sous les néons de Pointe-à-Pitre. Et lui… Petit béquet blanc halluciné Avec deux neurones en tongs Et le cœur qui tape trop vite Dans cette ville qui ne lui ressemblait pas. Elle voulait l’argent Avant même de vouloir son nom. Normal. Dans certaines rues Le désir ressemble surtout À un piège fatigué. Puis la catastrophe tropicale : Capote oubliée. Elle hausse les épaules. Propose une solution rapide Ou d’aller chercher le nécessaire. Et lui… Il regarde disparaître sa silhouette Avec la confiance absurde Des hommes seuls après minuit. Alors il attend. Planqué dans la chaleur moite. Le pantalon en désordre. Le cerveau sous brouillard chimique. Les chiens tournent encore. Les regards semblent revenir vers lui. Petit à petit Le silence devient mauvais. Même les coqs ressemblent À des alarmes dans la nuit. Et elle n’est jamais revenue… Jamais revenue… Avalée par les rues humides, Les néons, La chaleur noire Et Pointe-à-Pitre sous insomnie. Et lui attend encore… L’orgueil en plastique fondu. Le désir suspendu Comme une mauvaise blague tropicale. Et elle n’est jamais revenue… Depuis… Quand les néons tremblent dans la pluie Et que les villes sentent Le tabac froid et l’insomnie… Je repense parfois À cette ruelle chaude des tropiques. À cette disparition parfaite. Et à cette immense poésie Du ridicule humain. (Busayan présente Synaps Fantôme Connexion invisible, émotions réelles.)

