[Couplet 1] Sur les bords de l’A douze, un hérisson discret, Regarde les humains, dans leurs cages d’acier. Derrière la piste noire, océan de bitume, Se cache l’édène sacré, peut-être, derrière chaque dune. Le p’tit gars reste là, philosophe de l’asphalte Pesant les pour, les contre, les risques et les impacts « Peut-être bien qu’en courant, je pourrais m’en sortir ? Mais avec mes p’tites pattes, j’vais pas mourir de rire ! » Il voit un pigeon dire : « Fais comme moi, prends les airs ! » Mais voler sans les plumes, c’est finir en enfer. Puis arrive un blaireau : « Vas-y gars c’est maintenant ! Mais il a un œil en moins et il lui manque des dents. [Refrain] Moi, j’veux pas finir en moquette de Renault Ni en carpaccio sous une Clio Turbo Lui rêve juste d’atteindre l’eldorado végétal Mais la route semble plus longue qu’une fuite vers le Graal [Couplet 2] Penaud il reste là, héros des indécis Hérisson philosophe, la star des non-choisis Il pense : « si je survis, j’écrirais mes mémoires, Oui mais bon si j’me plante j’finis en accessoire ». Il inspire un grand coup, le vent lui caresse le nez « Si c’est mon dernier souffle, alors qu’il soit bien gonflé ! » Il resserre ses piquants, mod guerrier en mission Et bondit sur l’goudron, cœur battant sous pression Et pendant qu’il traverse, ça défile dans sa tête, Il voit des trucs de fou, il est pas à la fête. Un livre de recettes : « Tartare de hérisson » Avec queue en brochette vendue chez Carrefour Région [Refrain] Y Faudrait pas finir en carpette pour Volvo En confiture de luxe sur un capot trop chaud Arrête de cogiter, reste bien concentré, Sert les fesses, calcule bien, vise la ligne d’arrivée. [Couplet 3] Il court en zigzaguant, tel un maître du kung-fu, Se cache derrière un cône pour éviter une roue. Un klaxone l’fait bondir, il roule jusqu’au milieu, « Allez plu qu’une moitié, j’suis un bon, j’suis un dieu ! » Il évite un grand bus, roule sous une moto, Glisse sur une vielle canette, s’agrippe à une twingo. « La chance est de mon côté ! » hurle-t-il triomphant, Juste avant qu’un camion ne lui passe sur le flanc. Le goudron le retient, son rêve s’effondre en miettes, Il devient un rond-point pour fourmis en goguette. Et pendant qu’il trépasse, un vieux lapin lui lance : « Eh, c’était qu’un champ d’orties… pas de regrets, t’as de la chance ! » [Refrain] Oh non, il a fini en purée pour bagnoles, C’est plu qu’une œuvre abstraite, Picasso pour bestiole. Il avait d’bo piquants, mais bon c’est bien mignon. Face à un 33 tonnes, c’est loin d’être suffisant ! [Outro] Ainsi finit l’histoire d’un hérisson ambitieux Qui a défié le destin, un poil trop audacieux La morale est cruelle, mais elle frappe à l’évidence Même les héros piquants n’ont pas toujours d’la chance