
[Intro – piano seul, le motif de « Tu n’as pas idée », plus lent] [Couplet 1 – voix grave (lui)] La maison est rangée, maintenant, presque trop sage, j’y passe comme on passe dans un musée fermé. [Boîte à musique] Sur l’étagère, la boîte à musique a gardé ton âge, elle joue encore trois notes quand on ose la toucher. [Harmonica] Dans le coffre de l’auto, il reste le vieux parapluie et la place exacte où l’univers dormait, cette nuit-là. [Ukulélé] Sur le frigo, un soleil a pâli, mais il luit, et ton nom à l’envers n’a pas bougé d’un pas. [Refrain – deux voix] C’est la plus belle tragédie que l’amour ait jamais jouée : passer toute une vie à vous apprendre à vous envoler — et le jour où le vent vous porte loin de nous, découvrir, en tremblant, qu’on n’a jamais eu autant besoin de vous. [Couplet 2 – voix féminine (elle)] [Célesta] Sur l’étagère du bas, le livre du loup dort encore, la page cornée s’ouvre seule au même endroit du récit. [Piano-jouet et glockenspiel] Dans un tiroir, un T-rex et une pièce de ciel d’or, et dans ma tête, sept « pourquoi » qui n’ont jamais fini. [Fender Rhodes] Au garage, le petit vélo attend, les pneus à plat, [Vibraphone] et l’été, au bord du lac, je fixe encore le bleu de l’eau, comme si tu allais te retourner, triomphante, là-bas, pour voir si l’on est sur le bord. On y est. Le cœur trop gros. [Refrain] [Pont – parlé (lui), violoncelle seul, puis l’accordéon très doux] Avant vous, je pataugeais dans les flaques. Vous m’avez jeté dans l’océan. Vous m’avez appris à aimer par les tripes, par la moelle, par cette force sans nom qui traverse la poitrine d’un parent quand il regarde dormir son enfant. Ça, on ne le désapprend pas. [Break – toutes les couleurs reviennent, l’une après l’autre, puis s’effacent] [Couplet 3 – les deux voix en alternance, le piano reprend seul] (lui) Vous appelez le dimanche, vous rentrez pour Noël, (elle) vos chaussures en travers de l’entrée, comme avant. (lui) On fait mine de râler, on refait vos lits quand même, (elle) et l’on compte les jours, en cachette, comme des enfants. (lui) On vous a appris à partir — vous avez bien appris. (elle) On vous a appris à nager — vous êtes au large, enfin. (ensemble) Et nous voilà, sur le rivage, à tendre l’oreille à la nuit, pour entendre, dans le vent, vos rires qui reviennent de loin. [Refrain final – deux voix, pleine voix, puis tout s’efface] C’est la plus belle tragédie que l’amour ait jamais jouée : passer toute une vie à vous apprendre à vous envoler — et le jour où le vent vous porte loin de nous, découvrir, en tremblant, qu’on n’a jamais eu autant besoin de vous. [Outro – piano seul, le motif du début, voix presque parlée] (lui) Tu n’as pas idée… (elle) Non. (lui) Pas encore.

