
L’abomination, la souveraineté et le silence de la créature
Le dernier visage de la tour n’a plus besoin de briques. Il s’est intériorisé. L’autonomie érigée en dogme. Le libre arbitre brandi comme le dernier lieu Où Dieu n’aurait pas le droit d’entrer. On parle encore d’amour, de choix, d’accueil, de sincérité. Le vocabulaire est un décor. Le centre est gardé : L’homme reste le juge, Celui qui valide, Celui qui consent, Celui qui autorise Dieu à agir. [Ralentir légèrement le débit, ton posé, dépouillé] Regarde les amis de Job. Ou regarde-toi, quand ta piété se défend : Expliquer Dieu pour protéger le tribunal, Justifier le monde pour ne pas admettre Qu’on est à la merci d’un décret. L’auto-justification religieuse Est la forme la plus fine de l’abomination. Elle installe un trône Là où la créature devrait se taire. [Léger silence] Ce qui a été posé au jardin Est arraché d’en haut. Le voile se déchire. Le cosmos n’est plus lu depuis la margelle. Morija tient jusqu’au bout. « Tout est accompli. » Le siège du Juge n’est plus à prendre. Le jugement a été porté. [Le ton s’abaisse. Pas de paix déclarée.] Adoration. Le trône n’est plus contesté. Personne n’y cherche plus une place. Le tribunal se tait. La créature est dépouillée. Elle n’est pas absorbée. Elle n’est pas divine. Elle est créature. Là. Nue devant ce qui la contient. [Le métronome s’arrête net.] Plus rien à localiser. [Piano instrumental final]

