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07 Vous étiez mon monde

V6

Je me souviens du jour où vous m'avez ouvert la porte, J'étais si petit que je tremblais dans vos bras, Vous aviez dans les yeux cette lumière si forte, Et moi je ne savais pas encore pourquoi. Vous m'avez fait "une place" au milieu de vos vies, Une place à table, une place dans vos nuits, Vous n'avez jamais compté les jours ni les soucis, Vous m'avez simplement dit : « Tu es d'ici. » J'ai connu vos dimanches, vos matins de vacances, Les éclats de vos rires et vos silences aussi, J'ai grandi près de vous, j'ai fait quelques bêtises, J'ai cassé le vieux canapé… et vous avez souri. J'ai connu l'âge fou, les années d'adolescence, Les petites catastrophes et les grands rendez-vous, Et même quand je vous coûtais une fortune, Vous disiez simplement : « Ce n'est rien, c'est pour nous. » Je vous ai aimés toute ma vie, Sans savoir faire autrement, Je vous ai donné mes jours, mes nuits, Mes joies, mes peurs, mes printemps. Et si l'amour ne demande rien, Alors j'ai tout reçu de vous, Vous m'avez "appris" qu'un lien Peut tenir debout sans un seul mot. Il y eut des jours où je vous ai vus pleurer, Alors je suis resté tout près, sans rien vous demander, Je savais bien que parfois les mots ne servent "à rien", Il suffit d'être là, de poser "une main". Vous m'avez vu vieillir sans détourner les yeux, Vous avez payé le prix des années qui s'en vont, Et quand mon corps fatigué devenait moins courageux, Vous me disiez encore : « Allez, viens, rentrons. » Je vous ai aimés toute ma vie, Comme on respire, simplement, Sans promesse et sans cérémonie, Sans condition, sans serment. Et maintenant que vient le soir, Ne soyez pas tristes pour moi, J'emporte avec moi votre histoire, Et tout l'amour que j'ai eu de vous. Je revois la maison, les matins de lumière, Les promenades, les vacances, les retours, Je revois vos visages derrière la fenêtre, Et ce bonheur immense de vous retrouver toujours. Je n'ai jamais compris vos mots comme vous les dites, Mais j'ai compris vos voix, vos gestes et vos regards, J'ai compris quand vous étiez heureux, quand vous étiez tristes, Et j'ai su que ma maison serait toujours quelque part… Alors approchez-vous, ne pleurez pas encore, J'aimerais sentir vos mains une dernière fois, Je vais fermer les yeux doucement, sans avoir peur, Puisque toute ma vie, j'ai dormi près de vous. Je voudrais vous dire merci… Pour chaque caresse, chaque repas, chaque matin, Pour le canapé, les années, les vétérinaires, Pour m'avoir gardé malgré mes chagrins. Je n'ai peut-être pas parlé votre langue, Mais vous avez toujours compris la mienne. J'étais votre compagnon, Votre ami, votre famille… Et maintenant que mes yeux se ferment, Je peux enfin vous le dire : J'ai été heureux. Et vous… vous étiez mon monde.