
Elle marchait toujours en blanc, un masque d'or devant les yeux. Ses bottes traversaient le sang au rythme des tambours de feu. Elle menait les rangs dans la brume, sous les bannières du Régulateur. Les canons crachaient leur écume sur les faubourgs et leurs hauteurs. Elle traçait du doigt les cibles, les maisons n'étaient plus que des points. Quand les sirènes couvraient les cris, elle ordonnait d'aller plus loin. Fer dans la bouche, fer dans les mains, elle portait leur guerre au nom du lendemain. Blanche sous les drapeaux, rouge jusqu'à l'âme. On lui donnait la gloire, elle en portait les armes. Les obus éventrent les murailles, la fumée dévore les maisons. Ses hommes tombent sous la mitraille, les renforts restent à l'horizon. Elle hurle leurs noms dans la cendre, mais les tours refusent d'entendre. La ville protège ses hauts fourneaux, laissant ses soldats sous les gravats. Le rapport tient en quelques lignes : « Pertes conformes aux prévisions. » Fer dans la bouche, fer dans les mains, elle entend sous la terre ceux qui n'ont plus de lendemain. Blanche sous les drapeaux, rouge jusqu'à l'âme. On lui promettait la gloire, elle en découvrait les flammes. On lui tend l'or d'une médaille, elle revoit les corps sous les murs. Les discours couvrent la mitraille, pas le sang pris dans les coutures. Elle a signé l'ordre de tir, elle ne peut plus le défaire. Son masque ne sait plus mentir, elle connaît déjà l'enfer. On ne trahit pas toujours en changeant de camp. Parfois, on trahit en restant. Fer dans la bouche, fer dans les mains, elle connaît leurs lignes, leurs bastions, leurs chemins. Blanche sous les cendres, rouge jusqu'à l'âme. Elle ne porte plus leurs ordres, mais en garde toute la rage. Elle traverse les casernes, le flanc ouvert, le regard froid. Sous les tours, les sirènes hurlent, mais elle ne se retourne pas. Le fer est resté dans ses mains. Et le sang sous le blanc.

