
La plus belle vue est parfois celle qui éloigne le plus. Ding... L'ascenseur monte. Les chiffres défilent. Les étages disparaissent. Les bruits aussi. Plus on monte... Plus la ville devient belle. Les lumières ressemblent à des étoiles. Les sirènes deviennent des mélodies. Les cris... Des murmures. Ici, les murs sont en verre. On peut voir le monde entier. Mais étrangement... On n'entend plus personne. Une femme regarde la ville. Elle sourit. Elle dit : "Regardez comme tout a changé." Je regarde en bas. Je cherche les visages. Je ne vois que des lumières. Sur la table, des cartes du monde. Pas de maisons. Pas de familles. Pas de prénoms. Seulement des lignes, des chiffres, des mouvements. Ils connaissent le prix de tout. Les actions. Les marchés. Les tendances. Les prévisions. Mais parfois... ils oublient le poids d'une vie. En bas, le Hall attend. En haut, le Penthouse calcule. L'un compte les jours. L'autre compte les chiffres. Personne... ne compte la même chose. Un homme s'approche de la vitre. Il semble sincère. Il dit : "Nous voulons améliorer le monde." Je demande : "Lequel ?" Il se retourne. Silence. Parce qu'ici, le monde tient dans une fenêtre. Et une fenêtre... ne montre jamais ce qu'elle sépare. Ils n'étaient pas nés loin. Ils avaient connu les mêmes rues. Les mêmes rêves. Les mêmes inquiétudes. Puis un jour... ils ont changé d'adresse. Ils voulaient changer le monde. Puis le monde a changé leur regard. Le verre est propre. Les costumes sont impeccables. Les sourires sont vrais. C'est peut-être ça le plus inquiétant. Personne ici ne se croit coupable. Personne ici ne pense faire du mal. Ils parlent de solutions. Ils parlent d'avenir. Ils parlent des gens. Mais rarement... avec les gens. Ding... Une porte s'ouvre. Quelqu'un demande : "Vous descendez ?" Un silence. Puis une réponse : "Non merci. J'ai une réunion." L'ascenseur repart. Vers le bas. Vers le Hall. Vers les voix. Vers les vies. Je regarde une dernière fois la grande baie vitrée. La ville est magnifique. Des millions de fenêtres brillent. Des millions d'histoires existent. Et je comprends. Le problème n'est pas qu'ils soient montés. Le problème... c'est qu'à force de monter, ils ont oublié le bruit des marches. Ding... Les portes se ferment. Lumière parfaite. Silence parfait. Vue parfaite. Et quelque part en bas... Le Hall continue d'attendre.

