
Ça commence par un bourdonnement, un point noir dans la lumière. Rien qu’un frisson dans le vent, et déjà l’air devient frontière. Le frelon ne cherche pas la guerre, il garde seulement son toit. Suspendu sous la vieille pierre, son nid respire près de toi. Tant que ta main reste tranquille, que ton ombre sait s’écarter, il traverse l’air immobile sans demander d’être écrasé. Mais si l’ombre devient trop proche, si la branche tremble trop fort, tout le ciel sort de sa poche un petit peuple armé d’or. Ce n’est pas la haine qui gronde, c’est la peur autour du seuil. Quand on menace son petit monde, même l’aile prépare le deuil. C’est la loi du nid, ne franchis pas la ligne. Chacun garde sa nuit, chacun bénit ses signes. C’est la loi du nid, le dard avant le nom. Mais quand le ciel se hérisse, qui protège la maison ? [Couplet 2] Nous avons fait pareil, je crois, avec des murs et des drapeaux. Des lignes tracées sous nos pas, puis des morts pour les rendre beaux. On dit : « Ici commence le nôtre, là-bas finit le tien. » Et l’on fabrique avec les autres des menaces pour demain. Chaque peuple garde sa ruche, ses vieux récits, ses vieux remparts. On apprend aux enfants la crainte avant de leur apprendre le regard. On appelle ça défendre, on appelle ça tenir. Mais quand les peurs se font entendre, les maisons savent mourir. C’est la loi du nid, ne franchis pas la ligne. Chacun garde sa nuit, chacun bénit ses signes. C’est la loi du nid, le dard avant le nom. Mais quand le ciel se hérisse, qui protège la maison ? Personne ne dit : « Je veux la cendre. » Personne ne dit : « Je veux le sang. » Chacun jure vouloir défendre le berceau de ses enfants. Mais quand la riposte répète les douleurs d’un ancien front, chaque nid devient tempête, chaque peur devient raison. Nid. Ligne. Dard. Peur. Nation. Feu. Seuil. Deuil. C’est la loi du nid, mais regarde ce qu’elle fait. À force de sauver l’abri, on oublie ce qu’on sauvait. C’est la loi du nid, le dard avant le nom. Quand tout le ciel se hérisse, qui retrouve la maison ? Le frelon retourne à l’ombre, sous le toit, loin du canon. Mais dans nos cartes et nos décombres, le nid cherche encore son nom.

