[Intro – parlé] Bienvenue en 2026. Le monde brûle doucement, mais sous lumière tamisée et réseau haut débit. Cette année, le dictionnaire a ajouté cent cinquante mots nouveaux. C’est fou le nombre de façons modernes qu’on invente pour porter nos défauts. [Couplet 1] Dans la vélorue du centre-ville, des gens chillent sous des néons tranquilles. Un type parle de géo-ingénierie, comme s’il pilotait lui-même la pluie. Une IA me demande avec douceur : “Voulez-vous reformuler votre douleur ?” Je clique “oui” sans réfléchir une seconde, comme tous les gens fatigués de ce monde. Erreur classique. Réponse automatique. L’habitude devient presque mécanique. Elle me prompte un amour crédible, de faux souvenirs compatibles. Et me livre un poème sublime, froid, parfait, presque intime… Complètement faux dans le fond, mais sensible dans la façon. [Pré-refrain] On met des filtres sur les visages, du surcyclage sur les naufrages. Et quand nos vies partent en spirale, on appelle ça du contenu viral. [Refrain] Bienvenue dans le dictionnaire 2026, tout le monde est anxieux mais esthétique. On bade avec élégance, sur des burn-outs d’ambiance. Bienvenue dans le dictionnaire 2026, même les robots deviennent lyriques. Entre dinguerie et solitude, on cherche encore un peu d’altitude. [Couplet 2] Une chakchouka refroidit sur la table, pendant qu’on débat du monde, très confortables. Trois onigiris, un verre de vin blanc, et quelqu’un qui s’effondre discrètement. Une influenceuse fait du glamping doré, “retour à la terre”… en Uber commandé. Un pelleteur de nuages vend du bonheur charmant, en formule premium, renouvelée chaque an. Livraison rapide. Paiement mensuel. Le vide est plus chic quand il est marketing-friendly. [Pré-refrain 2] On polit tout ce qui déborde, jusqu’à ce que le chaos s’accorde. Et quand ça craque derrière les apparences, on appelle ça une belle expérience. [Break – beat coupé / presque slam] Il y a les microagressions polies, les gens “ouverts”… sous garantie. La neurodiversité qu’on comprend enfin, et ceux que ça dérange sans raison ni frein. Les K-dramas à deux heures du matin, l’autophobie dans les studios trop silencieux soudain, et des IA pleines d’hallucinations, qui parlent avec plus d’assurance que nos générations. Ce qui, honnêtement, n’est même plus surprenant. [Pont – suspendu] On donne des noms savants à nos vertiges d’avant, comme si les syllabes choisies pouvaient réparer nos vies. Même question. Toujours. Comment rester humains dans un monde qui défile trop vite entre nos mains ? [Dernier refrain – ample] Bienvenue dans le dictionnaire 2026, le chaos devient presque poétique. On rit un peu pour tenir debout, on danse beaucoup pour tenir le coup. Bienvenue dans le dictionnaire 2026, le futur paraît parfois cynique. Mais tant qu’il reste des refrains, on pourra encore inventer demain. [Outro – parlé doucement] Dans le dictionnaire, il y a les mots nouveaux. Et puis il y a les anciens, ceux qu’on garde malgré tout : “Espérer.” Verbe fragile, toujours instable… mais impossible à supprimer du vocabulaire.