
Au commencement, il n’y avait que le ciel et l'océan. Les eaux ondoyaient, bercées par les chants de Loa. Et elles scintillaient sous le regard bienveillant de Heol. Au cœur de cet infini abîme, apparut une graine. La graine vogua longtemps, portée par les courants qui n’avaient pas encore de direction. Puis, un jour, elle s’échoua sur un banc de sable. La graine germa et ses racines s'enfoncèrent dans le sable. Elle chercha, tâtonna et perça dans la terre. Une jeune pousse sortit alors du sable, fragile au début, puis forte, enfin majestueuse. Et bientôt, s’éleva un immense orme, dont la cime effleurait le ciel où veillaient Heol et Loa. Ils nommèrent l'arbre comme on nomme son enfant, Analemos. Analemos fleurit et donna des fruits. Et de ces fruits naquirent des mondes peuplés d'êtres fantastiques. Certains s’envolèrent vers Aisling, le royaume des rêves et des esprits, pour devenir des elfes, des muses et des fées. D’autres s’enracinèrent en Talamh, le monde fertile des vivants, pour devenir hommes, bêtes ou forêts. Quelques-uns, trop belliqueux, tombèrent vers Bellum, un monde hostile, où la terre aride et nue dompta leur feu ardent. Enfin, à la cime de l’arbre s’éveilla Amergine, le phénix de feu qui veillait sur les âmes naissantes. Et au pied de l’Orme se dressèrent les déesses gardiennes, Tirgane et Aéra. Tirgane était la gardienne de l'harmonie entre les mondes que l'Orme sacré portait en lui. Elle veillait sur tous les enfants de l'arbre comme les siens et leur apprit la joie de rêver, aimer, apprendre, grandir et bâtir. Parfois, les habitants des mondes se retrouvaient échoués au pied de l'arbre sacré ou dans un autre monde après une trombe marine ou une tornade. Tirgane et ses enfants garantissaient leur retour, sains et saufs, dans leur monde d'origine. Ainsi, sous le regard affectueux de Heol et Loa, la vie prenait doucement sa place au sein de l'Orme-Monde. Aéra, quant à elle, était son opposé, la déesse de la Mort et de la Destruction. Elle apprit aux créatures la douleur, la colère et la peur... la peur de la vieillesse, de la perte, de la mort et de l'inconnu. Elle et ses enfants, les faucheuses, maintenaient à leur façon l'équilibre entre la vie et la mort, entre la création et la destruction.

