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Heure H - Assis là avec le temps

V5.5

Couplet 1 J’me suis assis ce soir, un verre entre les doigts, À regarder passer les heures comme des chats, Elles ronronnent, elles s’enfuient, elles font semblant, De m’écouter parler d’avant, d’avant vraiment. J’me demande si j’ai su vieillir sans me trahir, Ou si j’ai troqué mes rêves contre du sourire, Le temps m’regarde, impassible, un peu narquois, Et moi j’lui dis : « Reste encore un peu avec moi. » Couplet 2 Y’a des photos dans ma tête, un peu jaunies, Des amours en noir et blanc, jamais finies, Des rires qu’on oublie, des mains qu’on lâche, Des promesses faites à la hâte, qui se fâchent. J’me dis qu’le passé, c’est comme le vin, Il tourne ou s’adoucit, selon le matin, Mais quand j’regarde dans le fond du verre, J’y vois surtout des bouts d’hier. Couplet 3 Et puis l’temps d’maintenant, ce drôle d’équilibriste, Entre le corps qui cède et le cœur qui insiste, J’le retiens, j’le repousse, j’le négocie, Comme un client régulier de la nostalgie. Chaque seconde me fait un clin d’œil de trop, Chaque minute allume un vieux rétro, Et moi j’fais mine d’pas comprendre, Mais j’sais bien qu’faut pas trop l’attendre. Couplet 4 J’regarde les jeunes courir dans la lumière, Leurs visages pleins de futur et d’poussière, Ils parlent vite, comme si le temps allait fuir, J’leur dis : « Respirez, il finira par venir. » Mais qui suis-je pour donner des leçons, Moi qui n’ai fait qu’suivre mes saisons ? Le temps, c’est un vieux serveur discret, Qui sait quand t’as eu ton dernier trait. Couplet 5 Y’a des nuits où j’voudrais remonter la montre, Pas pour changer, juste pour m’y rencontrer, Dire à ce môme : « T’en fais pas, tout va s’user, Mais t’auras toujours la force d’aimer. » J’crois qu’le temps, c’est pas un voleur, C’est un tailleur — il ajuste la peur, Il raccourcit nos illusions, Et recoud l’âme à chaque saison. Couplet 6 Alors j’finis mon verre, sans regret, sans retour, Le temps s’assoit à côté, parle d’amour, Il dit : « T’sais, vieux, j’fais juste mon boulot, C’est toi qui m’cours après, trop tôt. » J’lui souris, un peu las, un peu sincère, « Continue, vieux frère, fais ton affaire. » Et dans le silence du bar qui s’éteint, J’laisse le temps rentrer chez moi, enfin.