
Pas hérétique, mais erratique, je porte aux semelles des orages. Je ne défie pas les cieux, je cherche seulement d’autres lieux. Les chemins m’ont volé mon ombre, les nuits m’ont prêté leurs éclairs ; je marche où les étoiles tombent comme des fleurs dans la poussière. Je vagabonde, je me nomade, porté par les routes vagues. Mon âme dessine des détours, sans autre boussole que les jours. Je m’égare pour mieux me trouver, je quitte les ports trop amarrés. Chaque horizon est une promesse, chaque silence une caresse. Pas hérétique, erratique. Je suis la soeur des vents déraisonnables, la veilleuse des aubes impossibles, celle qui boit l’infini dans une coupe fêlée. Je n’ai ni temple ni patrie, sinon l’espace et ses blessures. Mon cœur, vieux bateau sans amarre, s’abandonne aux grandes murmures. Je vagabonde, je me nomade. Mon âme est une bête sans écurie, un éclair qui cherche son arbre, un fleuve ivre de ses propres tempêtes. J’ai vu des villes pousser dans les miroirs, des lunes saigner sur les toits brûlants, des chevaux de lumière courir dans les plaines du silence. Je n’habite plus les heures : je les traverse en flammes. Les horloges m’offrent leurs carcasses, les frontières leurs mirages, les noms leurs cendres. Je suis l’enfant des chemins mouvants, la passagère des instants fuyants. Ni exilée, ni attachée, juste un souffle en liberté. Pas hérétique, mais erratique, je suis la rêveuse nomadique, celle qui avance sans fin, avec le monde entre les mains Je vagabonde, je nomade. Je vais, sans carte et sans pardon, avec pour seule richesse un incendie dans le cœur. J’ai dormi sous des ciels électriques, où les étoiles portaient des cicatrices, et les anges sans visage chantaient dans des langues oubliées de la mer. J’ai traversé des forêts de silence, où les racines murmuraient mon nom, où chaque feuille était une porte vers un autre vertige du monde. Mes pas ont semé des tempêtes, des jardins noirs, des fleurs de foudre ; je suis l’enfant des terres fuyantes, le rêve que la nuit ne peut dissoudre. Quand viendra l’ultime horizon, je partirai encore sans bagage, laissant derrière moi mes ombres comme des oiseaux rendus au large.

