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Le voleur de sable

V6

[Intro] [Tanpura drone, river flowing at night, sparse sitar notes, felt piano] [Verse 1] La nuit tombe sur le fleuve, les bateaux sans lumière glissent, des hommes plongent sans masque, un seau de fer au bout du bras. Deux minutes sans respirer, la main qui gratte le lit noir, et ils remontent, la bouche pleine d'eau, un seau de sable contre le cœur. Cent fois, deux cents fois par nuit, jusqu'à ce que l'aube les chasse, et les camions filent vers la ville avant que le soleil ne compte. [Pre-Chorus] [Soft hip-hop groove enters with pakhawaj and ghatam] Là-bas, les grues attendent, la ville a faim, la ville a toujours faim. [Chorus] [Shehnai melody, low cellos swell] Il vole le sable à la nuit pour que les villes montent droit, on a retourné le sablier, et plus rien ne tombe entre nos doigts. Grain à grain la rivière s'en va, la berge cède, la mer avance, chaque tour qui touche le ciel est un désert qui ne dit pas son nom. [Verse 2] Le sable des déserts ne vaut rien, trop rond, trop lisse, poli par le vent, alors on prend celui des rivières, celui qui a du grain, de l'angle, du temps. On creuse le lit, le fleuve s'effondre, les berges tombent comme des dents, les puits du village sont à sec, les poissons ne savent plus où naître. Celui qui a voulu le dire tout haut, on l'a retrouvé un matin dans l'eau. Ici, le silence se paie bien plus cher que le sable. [Chorus] Il vole le sable à la nuit pour que les villes montent droit, on a retourné le sablier, et plus rien ne tombe entre nos doigts. Grain à grain la rivière s'en va, la berge cède, la mer avance, chaque tour qui touche le ciel est un désert qui ne dit pas son nom. [Bridge] [Sitar and tanpura rising, wordless female raga vocal, ghatam building] Un grain, une tour, un grain, un pont, un grain, une route, un grain, une maison, un grain… une seconde, un grain… une vie, et le sablier se vide sans que personne ne le retourne. [Instrumental Break] [Sitar solo over tanpura drone, felt piano and pakhawaj groove, sand pouring] [Verse 3] [Groove drops back, intimate] Je marche dans une ville neuve, tours de verre, béton lisse, et sous mes pas, sans le savoir, je foule un fleuve assassiné. Le voleur de sable n'a pas de visage, il n'a pas de bateau, pas de seau, il a la forme de nos murs, la hauteur de nos étages. [Final Chorus] [Full arrangement, then softening] Il vole le sable à la nuit pour que les villes montent droit, on a retourné le sablier, et plus rien ne tombe entre nos doigts. Mais un fleuve qu'on laisse en paix refait son lit au fil des saisons, il suffit de laisser à l'eau le temps de redevenir le temps. [Outro] [Tanpura drone, river sounds, felt piano, decrescendo] Grain à grain… grain à grain… le temps s'écoule. [Fade out]