
[Intro | spoken, sparse, close] Onze élections en quatre ans, et je les ai presque toutes vues venir. J'ai fait plus de plateaux télé que de nuits. Ce soir encore, je dois partir. [Verse 1] Breaking news au petit-déj, un scandale à midi, une crise à dix-huit heures, un sondage bouge de deux points, le titre crie au « séisme », moi je dis : c'est du bruit, pas un malheur. J'ai sept applis d'infos sur mon tel, et une de méditation, jamais ouverte. Une amie m'a demandé quand j'ai rien fait pour la dernière fois. J'ai pas compris. Je suis restée inerte. On a construit un monde sans pause, et on s'étonne que les gens lâchent. L'attention, c'est la monnaie, et la colère, ça paie cash. [Hook | urgent, building] En off. En off. Chaque heure n'est pas l'Histoire. Chaque frisson n'est pas un séisme. En off. En off. La tendance, tu la vois quand t'arrêtes de suivre chaque buzz, chaque spasme. [Verse 2] Et au niveau mondial, c'est pire : un sommet par semaine, une menace, un deal, un embargo, les grandes puissances jouent aux échecs en blitz, et personne tient ses mots. Les dirigeants parlent en posts, et les marchés tressaillent à chaque phrase, et l'Europe a toujours un demi-pas de retard : elle consulte, elle pèse, elle jase. Ou elle est prudente. C'est ça, le truc. J'ai changé d'avis là-dessus, récemment. Dans un monde qui va trop vite, la lenteur, c'est peut-être ce qui nous tient droits, vraiment. [Bridge | slower, softer] J'ai coupé mon tel un week-end : une cabane, la pluie, un livre emprunté. Deux crises sont venues, reparties. Mardi, plus personne s'en souvenait. J'ai même pas regardé. [Hook] En off. En off. Chaque heure n'est pas l'Histoire. Chaque frisson n'est pas un séisme. En off. En off. La tendance, tu la vois quand t'arrêtes de suivre chaque buzz, chaque spasme. [Outro | quiet, spoken] En off : je sais pas ce qui va se passer. Personne le sait. C'est pas une faiblesse. C'est là que l'honnêteté commence.

