
JE N’AI PAS DIT QU’IL N’Y AVAIT PERSONNE
- Une œuvre originale de Uther el Conti, réalisée avec assistance créative - © Copyright 2026 - Correspondance avec Veil Ripper Records @veilripperrecords This song is part of the playlist "CORRESPONDANCE(S) DU VIDE" https://suno.com/playlist/7885597e-be43-4675-bb66-26384309050d ____________________ [INTRO] Mon frère, écoute bien ma phrase. Je n’ai pas dit : « Il n’y a personne. » J’ai dit : « Je ne sais pas qui est là. » Ce n’est pas la même porte. Ce n’est même pas la même maison. Tu as entendu une serrure là où j’avais laissé la poignée dans ma main. [COUPLET 1] Tu me demandes avec quoi je constate l’absence. Mes yeux ? Mes oreilles ? Cet esprit trop étroit pour contenir le réel ? Tu as raison. Mes sens ont des frontières. Ma raison possède ses angles morts. Ma conscience arrive parfois après ce qu’elle prétend décider. Et ma nuit n’est pas l’univers. Je te l’accorde. Sans résistance. Sans détour. Sans trône à défendre. [PRÉ-REFRAIN] Mais lorsque mes yeux ne voient pas derrière le voile, je ne dis pas : « Il n’y a rien. » Je dis : « Je ne vois pas. » Et cette différence, mon frère, est précisément l’endroit où je demeure. [REFRAIN] Je n’ai pas dit qu’il n’y avait personne. Je n’ai pas condamné le ciel. Je n’ai pas transformé le silence en preuve de l’absence. Je n’ai pas dit qu’il n’y avait personne. Peut-être qu’un Dieu se tient derrière le voile. Peut-être que le voile ne cache personne. Je garde les deux portes ouvertes. Et si cela ressemble encore à un tribunal, montre-moi comment ne pas juger sans devoir croire. [COUPLET 2] Tu dis : « Si le silence est neutre, pourquoi devient-il un argument contre le Nom ? » Il ne l’est pas. Voilà peut-être notre malentendu. Je ne prends pas le silence à témoin contre Dieu. Je refuse simplement de le convoquer pour Lui. Je ne dis pas : « Le silence signifie absence. » Je dis : « Le silence ne suffit pas à me dire présence. » Ce n’est pas une sentence. C’est la limite de mon témoignage. [COUPLET 3] Tu regardes les mêmes ruines. Tu me dis : « Ne grave pas “aucun architecte” sur les pierres. » Je suis d’accord. Alors je dépose le burin. Mais toi aussi, pose-le un instant. Ne grave pas encore : « Il était là. » La pierre ne parle peut-être ni pour moi, ni pour toi. Et si quelqu’un a réellement dessiné ces murs, je veux apprendre à reconnaître sa main sans confondre mon désir de la trouver avec son empreinte. [REFRAIN] Je n’ai pas dit qu’il n’y avait personne. Je n’ai pas condamné le ciel. Je n’ai pas transformé ma cécité en géographie de l’invisible. Je n’ai pas dit qu’il n’y avait personne. Tu me demandes de ne pas prendre ma nuit pour l’univers. Je te l’accorde. Mais laisse-moi te demander : comment sais-tu que ta lumière vient du soleil ? [PONT] Tu soupçonnes mon : « Je ne sais pas. » Et tu as raison de le faire. Parce que le doute aussi peut devenir confortable. Il peut devenir une maison. Une identité. Une manière élégante de ne jamais risquer d’avoir tort. Alors viens. Soupçonnons-le ensemble. Demandons à mon doute : « Qu’est-ce qui pourrait te faire changer d’avis ? » Et je répondrai : Une raison. Une expérience. Une rencontre. Quelque chose que je ne puisse pas réduire honnêtement à mon propre désir. Je ne demande pas l’impossible. Je demande seulement de pouvoir distinguer ce que je découvre de ce que j’interprète. [BREAK] Mais maintenant, mon frère, la question doit traverser la table. Et venir jusqu’à toi. Qu’est-ce qui pourrait te faire changer d’avis ? Pas perdre la foi. Pas trahir ton histoire. Pas renier ce que tu as vécu. Simplement reconnaître : « Ici, peut-être, ma grille s’est trompée. » Car si rien ne peut jamais compter contre elle, alors comment distinguer une vérité qui résiste au monde d’une interprétation capable d’absorber tous les mondes ? [COUPLET 4] Si Dieu parle, tu reconnais Sa voix. S’Il se tait, tu reconnais Sa souveraineté. Si le monde tient, tu vois Son ordre. S’il s’effondre, tu vois Son dessein. Si l’homme croit, tu vois la Grâce. S’il refuse, tu vois l’Ego. Peut-être as-tu raison. Je le dis sans ironie. Peut-être que tout cela vient réellement de Lui. Mais comprends ma question : si chaque chemin ramène au même Nom, comment reconnaîtrons-nous le jour où nous aurons pris une mauvaise route ? Je ne veux plus gagner. C’est peut-être cela que ton corpus m’a appris. Je ne veux pas remplacer ton Dieu par mon néant. Je ne veux plus mettre une couronne noire sur l’absence. Que le néant lui-même comparaisse au doute. Qu’il perde son privilège. Qu’il cesse d’être ma dernière certitude. Je ne sais pas si Dieu existe. Mais désormais, j’ajoute ceci : je ne sais pas non plus si le néant existe comme je l’ai raconté. [DERNIER REFRAIN] Je n’ai pas dit qu’il n’y avait personne. Et peut-être avais-je besoin de te l’entendre demander pour comprendre ce que cette phrase exigeait de moi. Je ne suis pas la mesure du réel. Ma cécité n’est pas un verdict. Ma douleur n’est pas une cosmologie. Mon vide n’est pas une preuve. Je n’ai pas dit qu’il n’y avait personne. Mais je ne peux pas encore dire : « Il est là. » Entre ces deux phrases, il reste un espace. Ne le remplis pas pour moi. Ne me demande pas de le vider pour toi. Restons-y un instant. [OUTRO] Tu m’as demandé si mon : « Je ne dois pas appeler le silence Dieu » était une pauvreté ou déjà un verdict. Alors je corrige ma phrase. Écoute-la ainsi : Je ne sais pas encore comment appeler le silence. Peut-être qu’un jour, je l’appellerai Dieu. Peut-être pas. Mais si ce jour vient, je voudrais que ce soit parce que j’aurai reconnu quelque chose, et non parce que je n’aurai plus supporté de ne pas savoir. Tu dis : « Ta nuit n’est pas l’univers. » Tu as raison. Alors je te réponds : ta lumière non plus n’est pas encore le soleil. Pas pour l’éteindre. Simplement pour te demander, mon frère : qu’est-ce qui te fait dire qu’elle vient de Lui ?

