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Le machin vert

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V6

[Couplet 1] À huit ans j'y étais déjà, Le nez dans les révélateurs, Je tirais le portrait des chats, Les voisins, les fleurs, les facteurs. À dix ans, je payais trop cher Un reflex plus lourd que mes poches, J'en avais la moitié, l'air fier, Et des projets plein les sacoches. J'ai fini par grandir, paraît, Mais j'ai gardé le vieux défaut : Quand quelque chose m'intriguait, Il fallait voir sous le capot. [Pré-refrain] Je veux savoir pourquoi ça grince, Pourquoi ça fuit, pourquoi ça coince, Pourquoi ça tient, pourquoi ça mord, Et pourquoi ça repart plus fort Quand on a touché au ressort. [Refrain] Il faut goûter avant de dire que non, Il faut démonter avant de dire con, Faut essayer, rater, recommencer, Et une fois sur deux, tout faire sauter. J'ai bientôt soixante ans, tant pis, J'ai toujours huit ans dans l'esprit, Ne dites jamais « c'est comme ça » : Ça finit toujours en dégâts. Parce qu'après je vais chercher, Lire, apprendre et tout bricoler, Et six mois plus tard, c'est certain, J'aurai fabriqué le machin. [Couplet 2] J'ai fait du judo autrefois, Les copains, eux, jouaient au tennis, Du ping-pong, va savoir pourquoi, Moi j'ai préféré le tapis. Je pédalais des heures tout seul, La solitude me fout la gueule, Mais sur la route, va comprendre, J'étais très bien, sans rien attendre. Un poisson est entré chez moi, Cadeau tranquille, sans un bruit, Et cinq ans plus tard, malgré moi, Cinq mille litres, jour et nuit. Incubateurs et congélo, Un compteur au nom des poissons, Et l'Axelrod dans le cerveau, Avec les pages et les noms. [Refrain] [Couplet 3] Je ne buvais pas, pas un verre, L'alcool pouvait bien m'oublier, Puis un soir, un ami sincère Posa un porto à goûter. Tawny, LBV et Vintage, Colheita, mes vieux compagnons, Et Taylor, et le grand voyage, Nacional, la révélation. Après sont venus les Maury, Mas Amiel ouvrit le chemin, Les vins sont venus, j'ai appris, Et les blancs m'ont pris par la main. Je bois peu mais je veux comprendre Ce que raconte le raisin, Il suffit parfois de descendre Dans un verre pour partir loin. [Couplet 4] En cuisine, même folie, Je goûte tout ce qu'on présente, Une épice, un fruit inédit, Une sauce noire, angoissante. J'adore énormément de choses, J'en déteste d'autres vraiment, Mais avant d'envoyer les roses Ou le plat au fond du néant, Il faut goûter. Oui. Même le machin vert. Surtout le machin vert. [Refrain] [Pont] J'ai pêché au coup, à l'anglaise, À la mouche et Dieu sait comment, J'ai monté des mouches françaises, Enfin « mouches », techniquement. J'ai rêvé d'un journal pour gamins, J'ai fait des jeux pleins de poissons, Les pêcheurs ont viré félins, Et je n'ai pas d'explication. Des milliers de films dans le noir, Un cinéma dans la maison, Mes enceintes manquaient de voix, Alors j'ai fabriqué les sons. Un copain m'a dit, un dimanche : « Ton ampli pourrait faire mieux. » Il n'a rien vu de l'avalanche, Rien n'est jamais plus dangereux. J'ai donc appris l'électronique, Quand le monde était enfermé, Transistors, soudure, panique, Et un jour, l'ampli a chanté. [Break parlé] Et là, quelqu'un m'a demandé : « Tu pourrais m'en faire un ? » … Mais pourquoi j'ai des amis ? [Couplet 5] Les insectes sont arrivés, Avec leurs pattes et leurs mystères, J'ai repris l'appareil rangé, Plongé dans un autre univers. Les acariens, les invisibles, Tout ce que personne ne voit, Sont devenus mes seules cibles, Mes photos sont parties sans moi. Aujourd'hui je joue avec l'IA, Qui a commis une belle erreur : Elle m'a dit « imagine » — comme ça, À moi. Quelle horreur. Alors je fais de la musique, Des romans, des jeux, des outils, Des BD, des chats psychotiques, Et Blacksmith au cœur de la nuit. [Dernier refrain] Il faut goûter avant de dire que non, Faut explorer avant la conclusion, Faut essayer, comprendre, et toucher, Se tromper, et puis tout recommencer. J'ai bientôt soixante ans, tant mieux, J'ai toujours huit ans dans les yeux, Et tant qu'un truc me fera dire « Attends… comment ça peut tenir ? » Je vais fouiller, tester, chercher, Poser cent questions mal rangées, Et si demain je n'sais pas quoi faire… C'est faux. J'ai déjà Quarante-sept idées En retard. [Outro] Je ne collectionne pas les passions, Je collectionne les portes. Et le problème, avec les portes… C'est que j'ai toujours envie de savoir Ce qu'il y a derrière.