T’es là ? T’es en train d’pleurer, de saigner, de t’effacer… ...Mais ils voient plus, ...Ils entendent plus. La ville s’remplit de corps sans regard, Fantômes lumineux qui brillent dans le noir. Chaque main serre un écran comme un cœur, Mais les cœurs, eux, se perdent à l’intérieur. Ils marchent la tête baissée, pas pour prier, C’est l’écran qui guide, l’âme débranchée. Tu cries dans la rue, mais c’est pas prioritaire, Y’a du son qui sort, mais c’est qu’un faux signal d’alerte. Une gamine tombe sur le bitume mouillé, Le sang coule, personne pour l’aider. Un gars la filme, il veut la snappé, Il capte tout, mais jamais un mot : "Désolé". C’est pas qu’ils ont pas d’cœur, ils zappent tout, Sauf les stories, les clashs, les buzz, les coups. Tu saignes, tu cries, t’es juste un fond d’écran, L’indifférence ? Un poison lent. Ils voient plus… Ils entendent plus. T’es là… ...mais t’existes plus. T’as pas vibré ? …Alors t’étais pas là. Le silence, c’est devenu une punition, Les likes, une dose de validation. Ils préfèrent l’image au frisson d’un regard, Même l’amour se swipe, On swipe jusqu’à s’perdre dans le noir. Un dîner ? Deux écrans face à face. Une discussion ? Des messages qu’on trace. Plus d’présent, que des flux à charger, On vit pas l’instant, on veut juste le poster. J’ai vu des mères pleurer devant des cercueils, Des ados tweetent "Hashtag tristesse", sans recueil. Pas un câlin, pas une main sur l’épaule, Juste des filtres, des sons, et une auréole. La mort même est devenue tendance, Tant qu’elle tient dans un format d’apparence. Moi ? Je parle tout seul, j’suis un vieux son, Un message perdu dans l’algorithme des cons. Tu peux saigner, hurler, tomber, Ils te filmeront, jamais aider. Tu peux crever là, devant leurs pieds, Ils raconteront mieux en vidéo accélérée. Ils vivent dans une prison sans murs, Les barreaux sont des pixels purs. Si tu leur parles, ils t’écoutent pas, T’existes pas tant qu’t’es pas dans leurs bras. Alors j’me tais, les laisse glisser, Vers un futur qu’ils veulent poster. Peut-être que j’serai mort, mais sans réseau, Et ça, ça sera pas en photo. Regarde autour... Regarde-toi... T’en fais peut-être déjà partie !