
Vide de tes cheveux, de ton parfum absent Je cherche dans les draps, complices de nos ébats L’empreinte de nos folies, les morsures et le sang Et l'écho de tes râles, de tes exaltations Voyageant immobile, bien au-delà du Masque Mon regard intérieur sur ton corps tourmenté Les brides mordant ta peau dans tes muscles tendus Tes suppliques soumises et mes faims cannibales Et je revis aussi nos extrêmes tendresses Ou blottie contre moi t’innondant de douceur Je soigne et puis te flatte, te charme et te cajole Puis c’est l’envie de toi qui vide l'atmosphère D'où me vient ce désir de ton asservissement ? Les germes de l'abject y sont-ils présents ? Me fait-elle prédateur ou un sublime amant Qui flattant nos Psychés y berce nos besoins ? Si je veux raviver des bords de ma conscience Et jouer à nouveau ces moments carnassiers C'est aussi pour polir une toute autre sagesse Repaître l’animal pour qu'il s’apaise en nous Mon Ombre est-elle si noire qu’il me faille l’écailler Et à coups d’ongles aveugles faire saigner ses blessures ? Et ces victoires infimes gagnées sur l'Inconscient Pourront-elle faire briller un homme un peu nouveau ? Je sais que derrière l'Ombre s’en cache de plus vieilles Peuplées de ces statues desséchées par les ans Qui rejouent inlassables d’abominables scènes D’anciennes tragédies trop saturées de sang Leurs pulsions inconscientes conduisent l’irrationnel Cachés de la lumière, transportés dans nos gènes Reposent d'hideux Monstres d’un sommeil léger Qui quand trop ignorés réclament leur revanches Alors nous bonnes gens, cherchant la transcendance Nous polissons nos mœurs, nos mots, nos sentiments Et nions en nous même nos parts d'ambivalences Qui réfugiées dans l'Ombre ne feront que grossir Si elle s'approche trop, victime sacrificielle Des Monstres bien nourris, avides de colères Il suffit que l’un d'eux s’éveille d’un sursaut Pour que nous nous armions, prenant part au carnage Le brave homme de la rue, le bon père de famille Exalté par ces Monstres et guidé par la foule Sera au premier rang et la machette au poing Coupera tout-petit les enfants des voisins Alors gardons nous bien de ces horribles Masques Qui prêchent la mesure, mais fantasment l’abus Les deux lèvres pincées nous jettent l’anathème Et qui se rêvent un jour nos juges et tourmenteurs Cette faim insatiable de ton corps soumis Me fait elle semblable à ces Monstres horribles ? Ou nos amours pervers transcende leurs venins Et décillent nos yeux de leurs aveuglements?

