
Canon Sous Ballots
Le vent gonflait nos voiles blanches, Le sel mordait nos vieux haubans, Nous sommes nés pour les cargaisons, Pour l’or, l’épice et l’océan. Mais que nul sot ne s’y méprenne : Sous nos ballots dort le canon, Et quand la guerre ouvre sa gueule, Nos cales répondent par le plomb. Nous sommes marchands, oui, marchands, Mais pas des moutons bons au port, Nous vendons au monde sa fortune Et nous rendons la mort pour la mort. Quand l’Impérial montre ses couleurs, Quand le pirate vient rôder, On hisse haut le nom de Titania Et l’on se prépare à tuer. Refrain Gloire, gloire à Titania ! Reine des vagues et des combats ! Marchands nous sommes, mais gare à toi Si tu te dresses sur notre voie ! À l’Impérial, fer et tonnerre ! Au pirate, la corde ou la mer ! Gloire, gloire à Titania ! Que tremblent les chiens devant sa loi ! L’Impérial vient en ligne fière, Le sabre haut, le pavillon gras, Il croit la mer faite pour sa cour Et nos richesses taillées pour ses bras. Alors nos ponts grondent ensemble, Les mantelets claquent d’un coup sec, Et la bordée de nos navires Lui déchire l’orgueil et le ventre. Puis viennent les rats à voiles noires, Les forbans nés de l’eau sale, Petits crocs, grandes gueules, yeux vides, Vivants d’embuscades et de rafales. Mais qu’ils approchent nos convois Et par tous les dieux ils apprendront Que sous la bannière de Titania, Même les marchands font des démons. Refrain Gloire, gloire à Titania ! Reine des vagues et des combats ! Marchands nous sommes, mais gare à toi Si tu te dresses sur notre voie ! À l’Impérial, fer et tonnerre ! Au pirate, la corde ou la mer ! Gloire, gloire à Titania ! Que tremblent les chiens devant sa loi ! Nos coques portent vin et poudre, Le fer, le blé, le sel, la soie, Mais quand l’horizon se fait hostile, Nos soutes enfantent autre loi. Le cabestan gémit, la mèche luit, Le timonier serre le vent, Et chaque marchand de notre flotte Vaut un corsaire en rage cent ans. Car nous ne pillons pas la mer, Nous la gagnons à coups de sueur, Nous bâtissons de port en port Des routes plus fortes que la peur. Mais si l’on veut briser nos passes, Voler nos morts, brûler nos mâts, Alors tant pis pour l’Impérial, Tant pis pour les chiens sans foi ni toit. Pont Charge la pièce ! Tends la brague ! Qu’on écouvillonne et qu’on recharge ! Que le feu saute de pont en pont, Qu’on leur fasse avaler le large ! Marchands peut-être — mais de guerre Quand il faut défendre nos droits ; Et que tout ennemi se souvienne Du nom terrible de Titania ! Dernier refrain Gloire, gloire à Titania ! Reine des vagues et des combats ! Nous sommes marchands, mais par le fer Nous faisons plier la mer entière ! À l’Impérial, tombeau de flammes ! Au pirate, l’abysse et les lames ! Gloire, gloire à Titania ! Nos canons gardent notre loi ! Gloire, gloire à Titania ! Et malheur à qui croise sa voie !

