
LE TRIBUNAL SE TAIT, LA PLAIE DEMEURE
- Une œuvre originale de Uther el Conti, réalisée avec assistance créative - © Copyright 2026 - Correspondance avec Veil Ripper Records @veilripperrecords This song is part of the playlist "CORRESPONDANCE(S) DU VIDE" https://suno.com/playlist/7885597e-be43-4675-bb66-26384309050d ____________________ [INTRO] Mon frère, j’ai traversé tes huit mouvements. Du crâne au cosmos. Du sang d’Abel aux langues de Babel. De l’avenir d’Abraham à la hanche de Jacob. J’ai vu le roi faire disparaître son témoin, le sage se perdre dans sa sagesse, et le mage sortir sa bourse devant ce qui ne s’achète pas. Puis le métronome s’est arrêté. J’ai attendu que mon tribunal reprenne la parole. Il n’a rien dit. [COUPLET 1] Tu m’as montré que l’homme ne se contente pas de commettre des fautes. Il prend ce qu’il reçoit pour ce qu’il fonde. Sa lumière devient son soleil. Son jugement devient la Loi. Sa peur devient une ville. Sa ville devient une tour. Et quand la tour s’effondre, il s’installe dans demain. « Je serai », dit-il, comme on demande un acquittement. Je reconnais cet homme. Je l’ai entendu parler avec ma voix. [REFRAIN] JE NE SUIS PAS LA SOURCE. Je ne possède pas le dernier mot. Ni sur le monde, ni sur mon frère, ni sur ce que je deviendrai. Je peux quitter le siège sans savoir encore qui l’occupe. Je peux ouvrir la main sans prétendre connaître celle qui me donnera quelque chose. [COUPLET 2] Tu m’as parlé de Caïn. Il ne supportait pas que son frère demeure là où son récit se brisait. Alors il a supprimé le témoin. Mais le sang a continué de parler. Cette voix-là, mon frère, je ne veux pas la faire taire au nom de mon doute. Je ne veux pas davantage la faire taire au nom de ton décret. Tu m’as dit toi-même : on peut nommer le meurtre comme meurtre sans posséder le conseil éternel. Alors je le nomme. Et si quelqu’un saigne, je tends la main avant de demander ce que signifie le jardin. [BREAK] Je ne confonds plus la plaie avec un verdict sur le cosmos. Mais je ne confondrai pas non plus mon renoncement au verdict avec une explication de la plaie. [COUPLET 3] Tu m’as montré Noé. La terre lavée. La racine intacte. Puis Babel. Une langue, un nom, une tour pour que le ciel cesse de surprendre. Et j’ai compris qu’une réponse peut devenir une forteresse. Le néant aussi. Le hasard aussi. Mon « je ne sais pas » peut fermer toutes les portes s’il signifie en secret : « Rien ne me fera bouger. » Je ne veux plus de cette ignorance couronnée. Mais écoute-moi : ton « Dieu » peut-il rester une fenêtre ouverte ? Peut-il te déplacer encore, même lorsque ce qui vient ne ressemble pas à ce que tu attendais ? Je ne te demande pas de douter pour me rejoindre. Je te demande seulement que ni ton Nom ni mon silence ne deviennent Babel. [REFRAIN] JE NE SUIS PAS LA SOURCE. Je ne suis pas le juge du Tout. Mais je demeure responsable de ma main, de ma parole, du frère qui se tient devant moi. Déposer le trône n’est pas déposer celui qui souffre. Le tribunal peut se taire. Pas le sang d’Abel. [PONT] Tu m’as conduit jusqu’à Morija. Le couteau s’arrête par une parole qu’Abraham n’a pas produite. Puis tu m’as montré la Croix. L’ego monte. Ton Christ descend. L’homme saisit. Il se donne. L’homme veut se sauver par son propre jugement. Tu dis : « Tout est accompli. » Je comprends maintenant pourquoi tu ne me présentes pas la Croix comme une jolie réponse à une vilaine question. Tu y reconnais le visage de Celui qui ne reste pas hors de la plaie. Je peux entendre ce témoignage. Je peux même reconnaître la force de ce mouvement sans prétendre que sa beauté en démontre la vérité. [BREAKDOWN] Et pourtant, mon frère, une question demeure. Tu m’as appris à distinguer le décret de la permission, l’intention de l’homme de celle de Dieu. Je comprends que deux volontés puissent viser un même événement sans vouloir la même chose. Mais si rien n’est hors du Livre, si même la volonté qui blesse ne surgit pas hors de ce qui la précède, je ne sais toujours pas comment ce qui pourrit reçoit la possibilité de pourrir. Je ne dis pas : « Dieu est coupable. » Je ne dis plus : « L’homme est absolument libre, donc l’affaire est réglée. » Je dis : je ne comprends pas encore. Et cette fois, ce n’est ni une arme ni un acquittement. [DERNIER REFRAIN] JE NE SUIS PAS LA SOURCE. Je n’ai pas écrit le commencement. Je ne possède pas l’avenir. Je n’ai pas fabriqué toutes les voix qui parlent en moi. Je peux recevoir sans tout nommer. Je peux discerner sans régner. Je peux écouter sans promettre que j’entendrai la même chose que toi. [OUTRO] Tu m’as demandé de quitter le siège depuis lequel j’exigeais une réponse. Je crois comprendre ce que tu voulais dire. Je ne te demande plus de justifier le jardin devant mon tribunal. Je ne te demande pas de transformer chaque blessure en message de Dieu. Je ne te demande même plus de me conduire là où tu te tiens. Reste seulement assez près pour que nous puissions encore regarder ensemble ce qui souffre. Ton Christ, tu dis qu’Il est descendu. Moi, je suis encore au pied de cette question. Je ne sais pas si quelqu’un m’a trouvé. Mais je ne veux plus me cacher derrière le fait de ne pas savoir. Le tribunal se tait. La plaie demeure. Et ma main, elle, peut encore se tendre.

