
Il avait dans la tête Des pays sans frontière, Des histoires imparfaites Et des hommes de lumière. Il écrivait la nuit Quand le monde faisait trêve, Pour retenir sa vie Et poursuivre quelques rêves. Il n'avait pas de gloire, Pas de prix, pas de maison, Seulement dans sa mémoire Des débuts de chansons. Et comme il oubliait tout À mesure qu'il inventait, Il écrivait jusqu'au bout Ce qu'il ne voulait pas perdre. Il était le rêveur Qui voulait faire rêver, Un peu semeur de fleurs, Un peu chercheur d'été. Il n'attendait personne Pour lui dire où aller, Il voulait juste qu'on donne Une raison de rêver. Il avait connu les pages, Le papier sous les doigts, La vieille machine à écrire Qui travaillait avec lui. Le stylo-plume a longtemps Mis de l'encre à ses histoires, Puis le simple stylo blanc A continué le devoir. Il écrivait des royaumes, Des naufrages et des rois, Des villes après les hommes, Des enfants qui avaient foi. Il inventait des mondes Quand celui-ci lui faisait mal, Des lendemains qui abondent Quand le présent tournait mal. Il était le rêveur Qui voulait faire rêver, Un peu semeur de fleurs, Un peu chercheur d'été. Il n'attendait personne Pour lui dire où aller, Il voulait juste qu'on donne Une raison de rêver. Il disait : « Chacun sa route, Chacun sa liberté. Je ne demande aucun doute À ceux qui veulent m'aimer. Ma liberté s'arrête Là où commence la tienne, Et je préfère une défaite À une victoire qui fait de la peine. » Il n'était pas un prophète, Encore moins un héros. Il avait ses jours de fête Et ses jours un peu moins beaux. Il était simplement l'homme Qui cherchait dans ses cahiers Une petite place au monde Où laisser quelques pensées. Il ne voulait pas qu'on sache Qui avait écrit tout ça. Il aurait aimé qu'une voix Vienne chanter à sa place. Un chanteur, quelques musiciens, Un groupe au fond d'une salle, Et ses mots entre leurs mains Pour devenir quelque chose. Il était le rêveur Qui voulait faire rêver, Et s'il restait dans l'ombre, C'était pour mieux regarder. Il ne voulait pas la scène, Il voulait voir les lumières Éclairer ceux qu'il aime Sans savoir qu'il est derrière. Aujourd'hui il donne ses mots À des machines qui chantent, Elles lui prêtent une voix, Parfois même une âme étrange. Mais dans un coin de sa tête, Il garde encore l'espoir Qu'un jour un homme s'arrête Et lui dise : « Donne-moi tes histoires. » Et s'il ne reste de lui Qu'un cahier sur une table, Un stylo presque fini, Quelques pages et des fables, Alors ce ne sera pas rien, Ce sera même beaucoup : Un rêve passé par ses mains Pour aller dormir chez nous. Car il était le rêveur Qui voulait faire rêver, Pas devenir quelqu'un, Juste laisser quelque chose après. Une chanson dans une rue, Un refrain dans une mémoire, Quelques mots qui continuent Quand lui sera parti quelque part. Il était le rêveur Qui voulait faire rêver. Il n'aura pas eu grand-chose, Mais peut-être assez donné. Car les hommes disparaissent, Les maisons finissent par tomber, Mais tant qu'une histoire reste, Quelqu'un peut encore rêver. Le rêveur qui voulait faire rêver... N'a peut-être jamais cessé d'espérer.

