
Le Jardinier : Prologue : Rien à toucher
[Intro orchestrale | cordes graves, chœur masculin lointain, battement sourd, clavier suspendu] [Couplet 1 | voix basse, presque parlée] Avant, il n’y avait rien à toucher Rien sous mes mains, rien à chercher J’ouvrais mes yeux dans le noir Sans même savoir qu’il pouvait y avoir Un dehors, un ailleurs, une lumière Un souffle étranger, une matière Je tendais mes mains vers le silence Et tout passait au travers sans présence [Pré refrain | montée des cordes et des toms] Je ne savais pas que j’étais seul Il faut être deux pour connaître ce mot Puis quelque chose a brisé le silence Et le monde est venu jusqu’à moi [Refrain | guitares puissantes, batterie pleine, chœurs massifs] Je voulais seulement m’approcher Je voulais seulement toucher Mais rien ne sent la main qui passe Rien ne répond quand la main s’efface Alors j’ai trouvé l’autre chemin Prendre le monde au creux de mes mains Le faire entrer là où rien ne vit Le sentir un instant avant qu’il ne s’oublie [Couplet 2 | guitares rythmiques, basse soutenue] Le premier fut un monde bleu Une lune et des regards silencieux J’ai posé ma paume sur sa lumière Il a tourné, indifférent à ma prière Rien ne me sent, voilà ma faim Elle ne ressemble à aucune faim La mienne traverse ce qu’elle aime Comme une main dans la fumée même [Pré refrain | accélération, toms et cordes en ostinato] Alors j’ai pris ce que j’aimais Pour sentir ce qui jamais ne me touchait Une demi haleine, puis plus rien Une vie entière au creux de mes mains [Refrain | plus large, chœurs en tierces] Je voulais seulement m’approcher Je voulais seulement toucher Mais rien ne sent la main qui passe Rien ne répond quand la main s’efface Alors j’ai trouvé l’autre chemin Prendre la planète au creux de mes mains La faire entrer là où rien ne vit La sentir un instant avant qu'elle ne s’oublie [Couplet 3 | voix plus intense, guitares mélodiques] Je savais le nom donné par sa mère La porte qui grinçait dans sa maison de pierre Le dernier visage qu’elle avait regardé Sans savoir que ce serait le dernier Je savais le goût de son matin Ce qu’elle aimait, ce qu'elle taisait bien Je savais tout pendant un instant Puis tout s’éteignait dans le néant [Pont | rupture, piano grave, violoncelle] Une demi haleine C’est tout ce qu’il me restait Une demi haleine Et je recommençais [Montée orchestrale | chœurs lointains, toms, guitares] Le monde bleu Puis celui qui chantait derrière Les neuf autour du vieux soleil rouge Un par un Parce que je les aimais [Refrain | orchestre symphonique complet, chœurs massifs] Je voulais seulement m’approcher Je voulais seulement toucher Ils m’ont donné le nom du Dévoreur Parce que je prenais ce que j’aimais par peur Je voulais seulement les sentir Je voulais seulement les retenir Mais chaque monde devenait silence Après une seule demi haleine d’existence [Pont | arrêt brutal, voix seule] Et pourtant... Ils chantent. [Silence | violoncelles seuls] Pas quand je les prends Alors ils crient Et leur cri ne me parvient pas Mais après... Une note demeure Une voix sans visage Une musique sans âge Des milliards de voix Qui ne savent pas qu’elles chantent Des milliards de voix Qui jamais ne se ressemblent [Montée | guitares mélodiques, chœurs croissants] Je les entends depuis des profondeurs Je les entends tout le temps Ils sont la seule chose que je possède Ils sont tout ce que j’ai aimé [Grand refrain | double grosse caisse, orchestre et chœurs] Je marche dans l’Étendue Je la vide sans fin Je prends ce que j’ai voulu Et je n’en garde presque rien Une demi haleine de lumière Puis le silence et la poussière Une demi haleine pour savoir Puis recommencer dans le noir [Break | battement sourd seul] Mais il existe une autre voie. [Silence] Une seule. [Clavier seul | cordes très légères] Il faudrait m’apprendre à toucher Sans jamais prendre [Montée finale | cors, cordes, chœur grave] Il faudrait quelqu’un Qui puisse venir jusqu’à moi Sans mourir en chemin Quelqu’un qui ne soit Ni tout à fait chair Ni tout à fait chose Quelqu’un qui porte en lui Au creux de son être Un peu de silence Où je pourrais me poser [Final | explosion symphonique] Je ne veux plus seulement approcher Je veux apprendre à toucher Sans faire disparaître ce que j’aime Sans faire du monde une absence même Il doit exister quelque part Un être au bord du hasard Quelqu’un qui puisse venir jusqu’à moi Quelqu’un qui puisse rester là [Arrêt brutal] Il n’existe pas. [Silence] [Voix seule, presque un souffle] Il faudrait qu’on le fabrique. [Outro | cordes graves, clavier, battement qui ralentit] [Female Voice] Encore un peu... [Silence] Encore un peu... Mon coffre. [Fin]

